The Matrix Resurrections

Thomas Anderson (Keanu Reeves) est sujet à la dépression. Il est certes le concepteur d’une série de jeux vidéo à succès, The Matrix, mais sa vie sonne creuse, et son succès ne lui apporte aucune plénitude, malgré les encouragements de son associé, un vrai business man lui (Jonathan Groff). Les meilleurs moments de ses journées ont lieu au coffee shop non loin de la tour de bureaux où il travaille, lorsqu’il voit Tiffany (Carrie-Ann Moss), mère de famille, la quarantaine, qui vient commander des cafés à emporter, et dont il s’est inspirée pour son personnage de Trinity. Ce vide, ce sentiment d’inaccompli, cette dépression larvaire fait que Thomas a du mal à distinguer la réalité de la vie qu’il s’imagine et qu’il a investi dans son jeu, où lui-même est Neo, ce qui le pousse à consulter un psy (Neil Patrick Harris), qui lui prescrit des pilules bleues pour calmer ses angoisses et surtout ses épisodes hallucinatoires, ses crises au cours desquels il pense vraiment que la réalité n’est qu’une illusion et que son jeu vidéo est la réalité. La « vie » continue donc, jusqu’à ce qu’un nouveau bug n’ait lieu dans la Matrice…

Alors voilà qu’en 2022, vingt-trois ans après la sortie du premier Matrix en 1999, Lana Wachowski (qui était alors Larry et travaillait avec son frère, Andy) décide donc de proposer un nouveau film. Qu’il me soit permis ici de rédiger cette critique de manière purement subjective et nostalgique, car c’est bien de cela dont il s’agit avec ce nouveau film.

Lorsque Matrix est sorti en 1999, je n’avais pas vingt-deux ans, et je me souviens qu’avec toute notre petite troupe de rôlistes nous étions allés le voir dès sa sortie au cinéma de Saint-Lô. Immédiatement, nous l’avions identifié comme étant Mage : l’Ascension, le film. Autant dire qu’on était à fond. Tout était parfait ou presque dans ce film : le présupposé original (la réalité n’est pas ce qu’elle prétend être), le personnage principal qui vit une vie qui lui semble absurde, l’atmosphère gothique-(cyber)punk, les agents de la Matrice (Hugo Weawing en agent Smith quasi-parfait et surtout déjà prophétique alors), la bande-son de dingue, et puis, bien sûr, les scènes d’action incroyables (Chemical Brothers, anyone ?), du jamais-vu, avec le fameux bullet time. Le film d’une génération en somme.

Les deux volets qui suivirent furent deux déceptions programmées. L’histoire n’avançait que poussivement, les images devenaient ridicules (la Schweppes party), les dialogues encore plus (« elle est amoureuse »), le propos un vrai gloubi-boulga pseudo-philosophique et l’intrigue absconse. On avait tourné la page. On se souviendrait de Matrix comme d’une belle découverte alors. C’était 1999, peu avant le « bug de l’an 2000 », c’était notre jeunesse. Et depuis 2001, nous savions que nous avions basculé dans la Matrice.

Et voilà donc que Lana Wachowski sort un nouvel opus. Mais pour dire quoi ? La campagne promotionnelle avait réussi son petit effet, avec ce site Internet où il était possible de choisir entre une pilule bleue et une pilule rouge, nous plongeant aussitôt dans les souvenirs du premier film. Et donc, nous voilà embarqués.

Et alors ? Pour quel résultat ?

C’est là que le bât blesse.

En réalité, il y a deux films dans The Matrix Resurrections : le premier est cette histoire de Thomas qui se rêve Neo et qui ressent un grand manque dans sa vie, et ce film-là est passionnant ; le second est la manière dont Lana Wachowski cherche à reprendre l’histoire où le troisième film s’était arrêté et là, c’est pitoyable, puisque ça l’était déjà alors. Entre les deux, une sorte de propos méta pour montrer que Hollywood sait se moquer de lui-même et sur la manière dont il veut toujours faire du vieux avec du vieux en le faisant passer pour du neuf. La belle affaire. Dans ce cas, pourquoi évoquer un jeu vidéo ? Un film aurait été plus simple et direct. Et puis même, ce dernier aspect est trivial. Non, le problème est en réalité ce que le film a à dire et sur ce point on peut le résumer bien vite : rien.

Pourtant c’était très séduisant, cette idée de Thomas qui rêvassait qu’il aurait pu être, aurait dû être quelqu’un d’autre, qu’il était Neo et que, dans cette fantaisie, il connaissait l’amour de sa vie, cette femme sur laquelle il fantasme chaque jour. C’était émouvant de voir Neo qui est Thomas, vieilli, qui ne sait pas qu’il a été Neo et que nous, spectateurs, qui avons vieilli avec lui, savons qu’il l’a été. Tout le film n’aurait et ne devait être que cela, une sorte de mise en abyme au carré qui aurait pu en toute sincérité interroger ce qu’est un film qui nous dit que notre réalité n’est pas réelle. Au lieu de cela, le film part dans un nouveau bouillon, à l’instar des Matrix 2 et 3 en essayant de raccrocher les wagons à tout prix (sérieusement la scène de libération ? le personnage du programme qui a perdu son papa ? Sérieusement ? Sérieusement Lambert Wilson en clodo ? Sérieusement le dénouement c’est de savoir si Neo va voler à nouveau ?). Au lieu de cela, donc, une heure d’ennui devant des scènes d’action peu convaincantes car sans enjeu réel, vide noyé dans un bla-bla pseudo-informatique et d’auto-référencement satisfait, y compris celle du dénouement final complètement bidon avec une alliance Neo-Smith 2.0.

Le film aboutit à deux scènes plutôt jolies mais qui viennent après une absence totale d’intérêt.

Bilan : nous sommes toujours dans la Matrice et nos vingt ans semblent encore plus loin.

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