L’anomalie d’Hervé Le Tellier

Victor Miesel est un écrivain de l’ombre, célèbre pour ses traductions mais peu reconnu pour ses écrits personnels. Une situation qu’il a vécu difficilement mais dont il s’accommode à présent. De retour d’un voyage à New York où il a reçu un prix de traduction, Victor met fin à ses jours après avoir rédigé un ultime roman. L’annonce de sa mort provoque un regain d’intérêt pour ses écrits et notamment ce dernier roman qui apparait alors comme un testament. L’ouvrage est publié, le succès est immédiat et des sociétés d’amis de l’écrivain se créent un peu partout.

Lucie Bogaert est une mère célibataire accomplie dans son travail mais peu épanouie dans ses relations amoureuses. En couple avec André, un homme plus âgé qu’elle et dont elle se lasse depuis peu, elle décide enfin de rompre après un voyage à New York.

David réside à New York avec sa femme, ses enfants et son frère Paul. Ce dernier, médecin, lui apprend qu’il est atteint d’un cancer de stade 4 et qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre. Quelle ironie quand il songe qu’il y a quelque mois il a cru mourir dans un vol Paris-New York.

Avril Kleffman réside également à New York avec ses deux enfants Liam et Sophia. Elle vit une relation difficile avec son mari Clark qui vient de rentrer d’une mission en Afghanistan. Et leur voyage en France pour fêter leur anniversaire de mariage n’a pas réussi à les rapprocher.

Adrian et Meredith sont tous les deux des spécialistes des probabilités. Après le 11 septembre 2001 et à la demande de l’agence Fédéral Américaine de l’Aviation, ils ont conçu un mémorandum de plus de mille pages détaillant toutes les cas imprévus qui peuvent advenir lors d’un vol avec pour chacun un protocole adéquat. Ils vont même jusqu’à prévoir l’impossible et, pour blaguer, intitulent ce protocole le protocole 42.

Gid Favereaux et David Markle assurent la liaison Paris-New York sur le vol Air France 006 quand ils essuient une forte tempête. Par miracle, ils sortent du nuage mais leur avion est endommagé. Par précaution, ils demandent à atterrir en urgence dans l’aéroport le plus proche. Alors qu’ils prennent contact avec les contrôleurs aériens, ces derniers réagissent bizarrement et l’avion est immédiatement détourné vers une base militaire, accompagné par l’aviation militaire.

Le protocole 42 vient d’être activé.

L’anomalie dont parle le titre désigne à la fois celle dont a été victime le vol Air France 006 (et où le lecteur peut retrouver tous les personnages du roman) et celle du livre de Victor Miesel, succès sans auteur et fiction définissant notre vie réelle comme une fiction à part entière, une simulation grandeur nature orchestrée par qui et par quelles forces, nul ne le sait.

L’explication avancée par les deux scientifiques aux déclenchement du protocole 42 est celle d’un défaut volontaire dans la simulation pour provoquer une réaction chez les simulés. Or, par peur ou par superstition, l’humanité refuse de se voir comme un programme et les autorités, alors qu’elles avaient fait le choix surprenant de révéler le paradoxe du vol Air France 006, sont contraintes de faire disparaitre l’événement. Il en ressort que les simulés veulent croire à tout prix qu’ils sont réels même s’ils passent leur temps à refuser de voir ce réel (notamment celui lié au dérèglement climatique). Or, en simulation, tout deviendrait possible, mais les simulés préfèrent l’inconfort de leur réel simulés à l’inconnu d’une simulation où tout est possible.

Au regard de Matrix, on est un cran plus loin. L’humanité n’est pas l’ensemble des individus vivant dans une réalité virtuelle orchestrée par des machines. L’humanité est l’agent Smith, un programme conscient par l’anomalie de sa réalité simulée et donc de ses possibilités d’action sur la simulation, mais préférant considérer sa vie comme réelle tout en se persuadant qu’il ne peut agir sur elle.

Le roman est certes plaisant à lire mais sa théorie ne me parait pas complétement convaincante. Ne serait-ce que parce qu’il reste toujours la question du qui. Qui programme la simulation ? Et s’il y a des machines qui programment cette simulation, alors on retrouve quelque part Matrix avec l’idée d’une réalité virtuelle versus une réalité de fait. De coup, l’agent Smith, comme Néo, est un pion, avec juste une échelle de croyance différente (Néo se croit humain là où Smith se sait un programme). Par contre, j’aime l’idée de questionner l’attachement de l’humanité au réel alors qu’elle se défausse de ce réel en permanence.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s