Sherwood (saison 1), de James Graham

Dans une petite ville, autrefois minière, du Nottinghamshire, Gary (Alun Armstrong), un membre respecté de la communauté, ex-mineur, syndicaliste de la National Union of Mineworkers (NUM), grande gueule (il n’est pas en reste pour traiter de « scab » (jaune, briseur de grève) ceux qui le furent en ’84), est froidement assassiné par une flèche dans le dos (forêt de Sherwood oblige).

Ce crime, aussi violent qu’impensable, est un choc dans la communauté et fait remonter le passé, celui que tous souhaitaient oublier, à la surface et qui gisait sous un mince vernis : les grandes grèves des mineurs de ’84, lorsque Thatcher voulut fermer les puits, et leur amère défaite, due à la fracture du mouvement ouvrier et à la division des syndicats.

Mais plus localement, ce meurtre fait remonter quelque chose de plus profond à la surface : la possibilité qu’en ’84 la communauté fut infiltrée par des membres de la Metropolitan Police (MET) sous couverture et que l’un de ces espions soit resté, vivant parmi les autres sous son identité d’emprunt…

Une critique du Guardian qui faisait les louanges de la série comme mêlant polar et propos social nous avait attirés, car cette dernière explorait le traumatisme et l’évènement fondateur de l’Angleterre actuelle, post-thatchérienne, la grève des mineurs de ’84. Voilà qui était prometteur.

La série, en six épisodes, commence de manière classique : le premier épisode sert à l’exposition des personnages et le meurtre a lieu à la fin. Puis les épisodes 2 à 4 nous entraîne dans l’enquête de police du Deputy Chief Constable (DCS) Ian St Clair (David Morrissey), à qui est adjoint une ancienne connaissance, à présent travaillant à Londres, le Detective Inspector (DI) Kevin Salisbury (Robert Glenister). Tous deux ont un passé difficile, que le spectateur ne découvrira que progressivement. L’épisode 5 livre le fin mot de l’histoire et l’épisode 6 explore les conséquences de cette histoire pour cette petite ville dont le traumatisme le plus récent a fait resurgir celui plus ancien : le fait divers faisant remonter la profondeur sociale.

Sur le papier, tout est là, donc, pour faire de cette série une grande série. Pourtant, assez vite, cela ne marche pas.

Là encore, comme toujours, c’est bien l’écriture qui pêche : les personnages agissent de manière peu logique voire de manière absolument pas crédible, uniquement pour permettre à la série de ménager ses effets de suspense et les gimmicks habituels dans les polars (un épisode = un suspect). Assez rapidement, le meurtrier est présenté au spectateur (et même aux enquêteurs), mais la manière dont la police gère cette identité est tout simplement illogique.

Quelques exemples de cette écriture problématique (sans trop divulgâcher la série) : Ian et Kevin se sont rencontrés pendant les grèves de 84 et Ian a témoigné contre Kevin dans un incendie dramatique qui s’est soldée par un mort, un policier gravement blessé (le frère de Ian) et des syndicalistes arrêtés et jugés sur la base de faux témoignages dont celui de Ian, sur son propre père. Voir les deux se côtoyer presque normalement dans les premiers épisodes avant la révélation (presque) finale dans l’épisode 5 est difficile à croire.

De même, Kevin a eu une aventure en ’84 avec une jeune fille de la communauté, leur histoire s’est achevée le soir de l’incendie (pendant lequel la jeune fille a perdu son père). Ce dernier se souvient d’elle alors qu’il enquête avec Ian (dans l’épisode 2 ou) et bien sûr, dans le même épisode, il la retrouve au supermarché. Magique et un peu grossier en terme d’écriture.

Mais le pire exemple est sans doute ce qui arrive au personnage d’Andy Fisher (Adeel Akhtar), le père de Neel, dont la femme est brutalement assassinée : parce qu’il est soupçonné du meurtre et qu’il s’enfuit, il est tué lorsqu’il a un geste menaçant par les tireurs d’élite de la police. A l’inverse, dans l’avant-dernier épisode, le meurtrier de Gary est arrêté par deux civils (!) alors même qu’il menace des policiers avec un arc armé pendant plusieurs minutes. Alors que la police londonienne était présente dans le village pour capturer les deux hommes en fuite (scène dramatique de tout un régiment qui défile dans un rue, d’un gymnase mis à disposition pour eux, etc.), ou lorsqu’il s’agit de capturer Andy en ayant la gâchette facile, ils sont ensuite complétement absents des suivants et sont quasiment inactifs lors de l’improbable arrestation du dernier fuyard, le meurtrier de Gary en l’occurrence. Ce sont des habitants du quartier qui maîtrisent le meurtrier, sous les regards médusés de Ian et de Kevin.

Enfin, l’enquête sur la famille Sparrow, la famille mouton noir du village, est nullissime, les soupçons tardifs de Ian sur sa femme (est-elle le flic infiltré ?) complètement abracadabrantesques.

Mais le plus gros reproche que l’on peut faire à la série, c’est qu’elle va justifier son incohérence par l’incohérence du tueur. Pendant tous les épisodes, l’enquête se focalise sur le fait que le tueur sait qui est le flic infiltré et qu’il veut s’en prendre à lui et cela sans prendre en compte un fait majeur : il s’attaque à plusieurs personnes. Pourquoi les enquêteurs ne remettent pas en cause leur hypothèse comme il y a autant de victimes secondaires ? On ne sait pas et ils ont l’air tous surpris de découvrir que le tueur n’a aucune idée de qui est le flic infiltré. Ils le pensaient informé et intelligent ; en fait, il ne l’est pas. C’est pas de chance et sinon circulez y a plus rien à voir.

Fondée sur des faits réels (mais lesquels ?), la série semble alors perdre tout son intérêt initial pour accumuler les situations fictionnelles éculées (les ados des deux familles ennemies sortent ensemble… sans que cela ne serve le propos). On se demande alors ce qui est vrai, ce qui est fictionnel, ce qui est vraisemblable et ce qui est purement idiot.

Et puis, de manière encore plus gênante, le propos historique/ social est en fin de compte assez anecdotique, alors même que l’idée de traiter cette histoire du temps présent était excellente, lorsque la police anglaise, obéissant aux ordres du gouvernement de l’époque, a infiltré des agents sous couverture afin de provoquer un affrontement social qui permettrait au gouvernement de détruite, littéralement, une classe sociale. Le problème c’est que la série n’utilise cela que pour faire des scènes et pas pour raconter une histoire.

Le résultat est que le cœur de la série n’est en réalité qu’une facilité d’écriture, ce qui rend l’ensemble frustrant voire parfaitement décevant. Si on compare avec l’adaptation des romans de la tétralogie David Peace, the Red Riding, et son roman GB84, on s’aperçoit de la différence de niveaux en termes d’écriture. Dommage.

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