Irma Vep d’Olivier Assayas

Mira Harberg (Alicia Vikander), actrice américaine star de blockbusters, a décidé contre l’avis de son agent de tourner dans la dernière création de René Vidal (Vincent Macaigne), un réalisateur indépendant qu’elle admire beaucoup. Adepte des projets à part, René ne déroge pas à sa propre règle en proposant le remake d’un feuilleton muet des années 1910, Irma Vep, réalisé par Louis Feuillade. Un remake sous la forme, comme son original d’un feuilleton, en huit épisodes, et non d’une série. René y tient beaucoup : il fait un feuilleton et non une série. Ce tournage est l’occasion pour lui de clore un chapitre personnel de sa vie, puisqu’il a déjà par le passé adapté Irma Vep, en film cette fois, avec l’actrice Jade, l’amour de sa vie, depuis divorcée de lui.

Mira a donc la lourde tâche de remplacer Jade, de tenir à bras le corps ce feuilleton encombré par les problèmes psychologiques de son réalisateur, de résister aux doutes de son agent (qui a pour elle mille projets tout plus lucratifs les uns que les autres) et de supporter les élucubrations des autres acteurs davantage préoccupés par leur carrière que par l’aboutissement de ce projet, auquel ils ne croient guère. Non sans raison.

La proximité d’Olivier Assayas avec le réalisateur fictif René Vidal est certaine : Olivier Assayas a effectivement tourné en 1996 un film appelé Irma Vep, adaptation d’un feuilleton muet du même nom, avec comme actrice principale Maggie Cheung, alors sa femme dont il a divorcé depuis. Maggie Cheung jouait son propre rôle, là où Alicia Vikander joue le rôle de Mira, une actrice assez éloignée finalement de sa propre filmographie. Le feuilleton muet, dont on voit de nombreux extraits dans la série existe bel et bien. Réalisé en 1915 par Louis Feuillade, il portait le nom de Les Vampires ; Irma Vep (anagramme de « vampire ») était alors interprétée par Musidora. Les dix épisodes sont par ailleurs accessibles sur la page Wikipédia du film. Uns fois posé ce cadre, très intéressant au demeurant, notamment l’existence d’une série avant l’avènement des séries, que nous propose cette série ?

Et bien finalement pas grand chose. Les premiers épisodes sont à peu près supportables même si on est parfois gêné par l’incapacité de l’actrice principale à offrir quoique ce soit d’un peu vampirique. Clairement, il y a une erreur de casting, Alicia Vikander n’est pas une seule minute crédible en actrice lesbienne ou en femme vampire. Elle est trop lisse, trop « à sa place » pour incarner des caractères qui justement sortent du cadre. Elle frôle parfois le ridicule dans sa tenue en soie, où elle n’est absolument pas glamour et sa tentative d’envoûtement dans la scène de cabaret tombe bien à plat. Vincent Macaigne est drôle pendant deux épisodes, puis il devient vite fatiguant, voire très irritant à la fin de la série. Mise à part le personnage interprété par Jeanne Balibar, tous les personnages de cette série sont des caricatures que ce soit l’acteur défoncé ou la jeune assistante liseuse de Deleuze. On a parfois l’impression de revivre cette impression étrange quand on regardait des séries ou des films américains qui nous présentaient les campus américains comme des lieux de débauches et de fiestas, que l’on nous vend du factice, un leurre pour personnes peu regardantes. La réalité doit être à la fois moins glamour, plus sordide et surtout plus banale.

Si la série est à peu près regardable au début, elle devient rapidement insupportable vers la fin. On se lasse des discussions entre les acteurs ou entre les acteurs et le réalisateur qui, loin de nous montrer des personnes prises dans un processus de création, nous montrent des personnalités imbues d’elles-mêmes, obnubilés par leurs histoires de fesses et quand, ô malheur, ils se lancent dans des propos « intelligents », leurs réflexions sont tellement ineptes qu’on en est désolé pour eux. Ils enchainent les perles (type « un film a sa vie propre une fois qu’ils sort sur écran ») notamment dans les quatre derniers épisodes qui sont d’un tel ennui qu’il faut prendre sur soi pour aller jusqu’au bout. En général quand la série tente la réflexion intelligence, c’est généralement là où elle se gaufre lamentablement. Un exemple parmi d’autres : quand il est question de la réception d’une scène pendant laquelle Irma va être kidnappée et abusée par Gottfried, le réalisateur se justifie un peu facilement (en convoquant Musidora et la nécessité de faire tourner les équipes en France), mais ne dit rien sur sa propre responsabilité dans la réalisation de cette scène, qu’il a fait refaire 14 fois à l’actrice. Comme si tout le problème se posait en terme de réception et non de création. Au final, une série bourrée de clichés, avec des acteurs souvent mauvais et un niveau de réflexion assez médiocre.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s