Le Grand Ferré, premier héros paysan de Colette Beaune

La Chronique dite de Jean de Venette (1359) raconte l’exploit de deux cents paysans qui, sous le commandement du Grand Ferré, repoussèrent une attaque anglaise dans le diocèse de Beauvais (à Longueil plus précisément). Le Grand Ferré s’y distingue par sa force (il combat avec une hache ferrée) et par son courage. Il meurt de fièvre quelques jours plus tard pour avoir bu de l’eau trop froide, non sans avoir occis quelques Anglais de plus, venus le cueillir sur son lit de mort dans sa ferme de Rivecourt. La légende précise que tant qu’il vit, les Anglais n’osèrent plus attaquer le village. Le chroniqueur relate cet évènement pourtant local parce qu’il est proche du lieu (il est né dans cette région) et de la date de l’exploit (il écrit cette chronique moins de six mois après les évènements).

Huit autres chroniques mentionnant la bataille de Longueil existent ; elles donnent trois versions différentes de l’évènement, certaines sont centrées sur le Grand Ferré, d’autres sur le capitaine, Guillaume l’Aloue, mort au combat, qu’il va remplacer, d’autres enfin se placent du côté des Anglais. Mais toutes sont des chroniques locales et non officielles (aucune mention dans celle de Froissard par exemple, probablement parce qu’il s’agit d’une chronique nobiliaire et que l’évènement est commun).

Le texte de cette Chronique utilise un entrelacs de références pour construire son récit : il puise dans l’Ancien Testament pour y chercher la figure de Samson, dans les romans de chevalerie pour y chercher l’imagerie des géants et de l’homme sauvage (celui qui est dépourvu de tous les défauts de la civilisation et qui préfère l’eau à tout aliment fermenté) ou dans celle du charbonnier, figure très populaire à l’époque. Le Grand Ferré meurt d’avoir bu de l’eau trop froide, geste qui rappelle certains épisodes de la Bible quand des chrétiens le cœur impur sont terrassés pour avoir bu une eau trop pure. Quel est donc le pêché de ce paysan ? En faisant prisonnier quelques nobles, et surtout en refusant les rançons (ce qui laisse supposer que les prisonniers même nobles ont été tués), il a contesté l’ordre social. Lire la suite

Jeanne d’Arc de Colette Beaune

https://i0.wp.com/www.mollat.com/cache/Couvertures/9782262029128.jpgPlan

Introduction

  1. De Domrémy à Chinon
  2. Orléans, 1429
  3. De Paris à Rouen

Conclusion

Introduction

L’objectif de Colette Beaune est de faire un point sur les recherches johanniques entre ce qui relève de la réalité et ce qui procède davantage du mythe. Jeanne appartient à différents modèles médiévaux : la bergère, la Pucelle. Elle a donc été à la fois la perpétuation de modèle (comme celui de la femme vierge, de la femme prophétique ou du chevalier) et leur remise en question par son caractère unique et par son action qui en bouleverse les limites (une femme qui guerroie, qui parle pendant le Conseil du Roi…). Lire la suite