Everything in This Country Must … de Colum McCann

Recueil de trois nouvelles, publié en 2000, Everything in This Country Must évoque, de façon plus ou moins directe selon les nouvelles, les « Troubles » en Irlande du Nord. La première d’entre elles, qui donne d’ailleurs son titre au recueil, s’ouvre sur l’image dramatique d’un cheval qui, suite à la crue d’une rivière, va être emporté par les flots. Le propriétaire du cheval et sa fille tentent en vain de le sortir du lit de la rivière, mais par manque de force, ils ne parviennent juste qu’à maintenir la tête de l’animal hors de l’eau. Alors que le père exhorte sa fille à relever l’animal tout en comprenant bien qu’elle n’y arrivera pas, une patrouille de soldats anglais fait irruption et impose son aide. Comprenant que les soldats vont les aider, le père enjoint immédiatement sa fille de laisser l’animal se faire emporter par les flots. Ce qu’elle ne se résout pas à faire… malheureusement. Dans Woods, une femme accepte pour des raisons financières de livrer des poteaux en bois à des hommes en vue de leur parade orangiste. Mais pour cela, elle doit le faire de nuit, en secret et sans avertir son mari alité. Enfin dans Hunger, un jeune garçon et sa mère quittent Derry pour s’installer à Galway, dans la République d’Irlande. Ils vivent dans une caravane, elle gagne quelques sous en chantant dans les pubs et lui passe ses journées à errer sur la plage. Régulièrement, ils prennent des nouvelles de leur oncle que le jeune garçon n’a jamais connu, et qui comme d’autres prisonniers politiques, a entamé une gréve de la faim. Lire la suite

This Side of Brightness de Colum McCann

New York, 1991. Un SDF aperçoit le cadavre d’un large oiseau pris dans la glace de l’Hudson River. Par de multiples jets de pierre, l’homme parvient à délivrer l’oiseau de l’emprise de la glace et le regarde sombrer doucement. Puis il regagne son « nid » dans les bas-fonds du métro.

1916. Nathan Walker s’est installé à New York pour travailler dans la construction des tunnels reliant l’île de Manhattan à Brooklyn. Il est devenu un sandhog, et a rejoint la cohorte des travailleurs émigrés, irlandais et italiens notamment. Un travail dangereux qu’il fait avec la fierté de construire cette ville. Lorsqu’une poche de gaz se forme dans l’un des tunnels, Nathan se retrouvé piégé avec son équipe. Cette même poche de gaz finira par les expulser, lui et quelques autres, au beau milieu de l’Hudson River. Renouant avec l’air ambiant, Nathan renait à la vie mais porte le poids de la mort d’un de ses collègues, Con O’Leary. A jamais lié à cette famille irlandaise, Nathan va s’offrir une deuxième vie, en espérant qu’elle l’emmènera davantage vers la lumière… Lire la suite

Let the Great World Spin de Colum McCann

Un musée éphémère. C’est en ces termes que l’un des personnages du roman, Solomon Soderberg, décrit la performance de Philippe Petit en ce matin du 7 août 1974. Un musée éphémère comme seul musée possible dans la ville de New York, peu préoccupée de son passé et toujours tournée vers l’avenir.

Le roman s’ouvre sur une scène urbaine : un homme marche dans les airs sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center. Les passants qui l’observent depuis le sol sont à la fois éberlués par son audace et terrifiés à l’idée qu’il dérape, et tombe dans le vide. Pendant une heure, l’homme marche suspendu dans les airs, s’allonge sur le fil, une jambe au repos dans le vide, court entre les deux tours jumelles. Point d’ancrage du roman, la performance de Petit restera un épisode à part dans la trame du roman, un événement évoqué par les différents personnages du roman mais, et il faut ici reconnaître l’extraordinaire intelligence de Colum McCann,  jamais vraiment raconté. Tout juste évoque-t-il sa préparation ou son retour brutal sur des réalités plus terrestres. L’auteur choisit délibérément de s’attarder davantage sur ce que la performance a signifié pour ceux qui l’ont vu, ce qu’elle a provoqué autour d’elle.

Lire la suite

TransAtlantic de Colum McCann

Une première, je n’ai en effet jamais lu de roman de cet auteur irlandais, pourtant reconnu. Et je dois avouer que la lecture de ce roman m’a laissée quelque peu perplexe. Sa première partie est assez conventionnelle : en trois chapitres, l’auteur bouscule la chronologie et promène son lecteur entre l’Irlande et les Etats-Unis dans l’Amérique de 1919, tout d’abord, afin de suive les exploits de deux aviateurs, Alcock et Brown, dans leur première tentative pour traverser l’Atlantique et rejoindre l’Irlande, dans l’Irlande du XIXe siècle, ensuite, pour accompagner dans sa tournée promotionnelle, Douglass Frederick, qui découvre alors un pays ravagé par la famine, dans le XXe siècle, enfin, sur les pas du sénateur Mitchell quittant New York pour l’Irlande, dernier voyage pour celui qui coordonne les accords du Good Friday. Lire la suite