Nos cinq (en fait six) séries préférées vues en 2020

La période de confinement a été une période propice pour de longues soirées devant un écran et de préférence devant des séries. Ces dernières apparaissent de plus en plus comme le lieu d’une certaine audace, là où le cinéma s’enlise dans le facile, le conventionnel et le bas du front.

Et pourtant l’année 2020 n’a pas offert un cru exceptionnel. On est loin des séries ambitieuses des débuts. Netflix, et à sa suite Amazon, commence à formater ses productions pour le grand public, même si pour remplir sa grille la chaine produit quelques ovnis qui semblent échapper à l’homogénéisation générale.

Voici donc nos cinq (en fait six) séries préférées vues en 2020 :

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The Plot Against America d’Ed Burns et David Simon

Eté 1940. Le quartier de Newark, dans  l’Etat de New York, bruisse des conversations sur la prochaine élection présidentielle. Si la candidature démocrate de Roosevelt ne fait aucun doute, celle de Lindberg dans le camp républicain soulève quelques inquiétudes parmi les habitants du quartier, en majorité des familles juives à l’image de la famille Levin qui voit avec angoisse un antisémite comme Lindberg se porter candidat. Quand il est finalement désigné par le camp républicain pour les représenter face à Roosevelt, l’inquiétude se transforme en ressentiment même si tous se rassurent en se disant qu’il n’a aucune chance. Son élection plonge le quartier et la famille Levin dans la stupeur. Alors qu’Elisabeth Levin (Zoe Kazan) songe déjà à quitter le pays (pour aller au Canada), Hermann (Morgan Spector) refuse cette option ne voulant pas offrir cette réjouissance à ceux qui déjà les traitent différemment. Dans les premiers mois de l’élection, l’entourage de Lindberg, aidé par le rabbin Lionel Bengelsdorf (John Turturro),  tente de rassurer les juifs, en leur affirmant qu’ils ont toute leur place dans la nation américaine (ce dont ils ne doutaient pas). Mais lentement, progressivement le discours change, les menaces se précisent et les juifs se retrouvent isolés, contraints de devoir sans cesse prouver leur loyauté et menacés dans leurs droits fondamentaux. Lire la suite

The Deuce (saison 3) de David Simon

En cette veille de réveillon, le quartier du Deuce est fin prêt pour fêter dans l’exubérance et la diversité le passage à l’année 1985. Pourtant les sourires de circonstance masquent mal l’ambiance morose qui s’est abattue sur ses habitants. La drogue s’est répandue dans les rues bousculant les rapports de force qui s’étaient instaurés entre la mafia, la police et les commerçants. Rudy (Michael Rispoli) est de plus en plus contesté, notamment par Frankie (James Franco) qui a développé à la marge et contre l’avis de ce dernier son propre business. Vincent tient toujours son club, comme Paul (Chris Coy) et Abby (Margarita Levieva) son bar, pilier de la vie du quartier, mais les affaires marchent mal, l’épidémie de sida dévaste leur clientèle et leurs amis.  Gene Goldman (Luke Kirby) poursuit son projet de réaménagement du quartier, profitant d’ailleurs de la disparition de nombre de ses habitants et de l’insécurité actuelle pour progresser plus vite, s’appuyant encore et toujours sur le lieutenant Chris Alton (Lawrence Gilliard Jr.). Eileen (Maggie Gyllenhaal) est devenue une metteur en scène reconnue, mais ses films féministes ne font plus recette, ce que Harvey (David Krumholtz) a du mal à lui faire comprendre. Quant à Lori Madison (Emily Meade), elle est devenue une star du X comme elle le souhaitait. Mais bien qu’elle ne tapine plus sur les trottoirs de New York, elle n’en reste pas moins emprisonné dans son statut de femme que l’on possède, à Los Angeles ou ailleurs. Lire la suite

The Deuce (saison 2) de David Simon

Sur la 42e avenue, le monde clos des travailleurs du sexe vit au rythme routinier de la nuit, à peine perturbée par les descentes de police, les embrouilles entre macs et le renouvellement des filles. L’arrivée du porno, via la circulation de photographies, de clips érotiques ou de longs-métrages, perturbent cependant cette apparente tranquillité. C. C. (Gary Carr) comprend le potentiel de Lori (Emily Meade), mais redoute que le magot lui échappe. Larry (Gbenga Akinnagbe) aussi, mais, contrairement à C.C qui veut garder sa place de mac y compris dans l’industrie du porno, lui y voit une opportunité pour ses filles et pour lui-même. Eileen / Candy (Maggie Gyllenhaal) poursuit son rêve de devenir une réalisatrice de films pornographiques et artistiques à la fois, malgré les difficultés financières et relationnelles avec le milieu qui la traite toujours en prostituée. Vince (James Franco), grâce à sa proximité avec Rudy Pipilo (Michael Rispoli), parrain mafieux, a pu réaliser son rêve et devenir le gérant d’un night-club à la mode de Manhattan. Sa compagne Abby (Margarita Levieva) utilise le bar que Vince lui a confié pour promouvoir des artistes locaux et des associations, et s’engage dans l’action sociale en faveur des prostituées. Quant à son beau-frère, Bobby (Chris Bauer), il vit confortablement des revenus de la maison close qu’il gère pour le compte de Rudy. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un adjoint à la mairie n’avait pas pour ambition d’ouvrir  le quartier aux promoteurs et de déloger tous ses occupants pour les remplacer par des catégories sociales plus aisées. Lire la suite

The Deuce de David Simon

The Deuce est le surnom de la 42e rue dans la ville de New York, entre la 7e et la 8e Avenue, juste à côté de Times Square : une rue connue pour son trafic de drogue, ses bars homosexuels et ses prostituées. Dans le petit monde de la 42e, les proxénètes, comme C. C. (Gary Carr) et Larry (Gbenga Akinnagbe), sont des entrepreneurs qui gèrent un cheptel de prostituées comme Darlene (Dominique Fishback) et Lori (Emily Meade). Peu de prostituées comme Candy (Maggie Gyllenhaal) se paient le luxe (et surtout prennent le risque) de travailler en solo (les clients violents étant en général retenus par la menace du mac).

Pour faire illusion, des agents comme Chris Alston (Lawrence Gilliard Jr) et son collègue Danny Flanagan (Don Harvey) coffrent à intervalles réguliers les prostituées pour les relâcher le lendemain sans poursuites réelles. Une routine qui perturbe peu ce quartier, connu également pour ses bars, que fréquentent les mêmes prostituées, leurs proxénètes, leurs clients et parfois la police — ou les mafieux. Vincent Martino (James Franco) veut ouvrir son propre bar mais manque d’argent, d’autant qu’il doit payer les dettes de son frère jumeau Frankie (James Franco). Quand son beau-frère, Bobby (Chris Bauer, déjà vu dans The Wire comme le chef des dockers), doit arrêter de travailler sur des chantiers pour des raisons de santé, il est contraint d’accepter la proposition d’un mafieux local : d’abord il devient le gérant d’un de ses bars, puis celui d’une de ses maisons closes.

Au tournant des années 70, la municipalité a décidé de « nettoyer » le quartier et les prostituées gênent l’essor immobilier de ce dernier. Pouvoirs publics, mafia et police travaillent alors main dans la main devant la promesse de profits juteux. Le paysage évolue alors vite : l’industrie pornographique prend son essor et offre une porte de sortie à celles qui comme Candy ne veulent pas finir dans la rue et veulent garder leur indépendance. La mafia s’intéresse alors de près à l’industrie du sexe, avec la bénédiction des autorités qui y voit l’occasion unique de faire disparaître dans des maisons closes ou sur vidéo cette industrie lucrative mais gênante en terme d’image. Lire la suite