14 Juillet d’Eric Vuillard

Que savons-nous de la journée du 14 juillet ? Quelques noms dans l’inventaire des Vainqueurs de la Bastille. Un nom, un prénom, une date et un lieu de naissance, quelque fois un métier et un domicile. Et la preuve qu’ils étaient là, qu’ils ont participé à l’acte fondateur de la Révolution française. Pour le romancier c’est à la fois peu et c’est suffisant pour « franchir le guet », celui face auquel Patrick Boucheron s’arrêtait, et proposer par la fiction ce qu’a pu être la journée du 14 juillet pour ces individus tombés depuis dans l’oubli des archives. Le romancier Eric Vuillard propose donc un récit de cette journée, sous la forme d’une litanie de noms, avec le regard de l’époque actuelle qui, de son point du vue, partage avec la période révolutionnaire de nombreuses similitudes. Lire la suite

Congo et La Bataille d’Occident d’Eric Vuillard

Les deux courts récits ont été publiés en parallèle en 2012, ils ont en commun d’être tous les deux des récits historiques (on peut difficilement parler de roman), d’émaner d’un narrateur surplombant et de décrire une civilisation occidentale absurde, arrogante et insignifiante. Dans Congo, Eric Vuillard disserte sur l’ennui des puissants lors de la conférence sur l’avenir de l’Afrique, organisée à Berlin en 1884. Un ennui tel qu’il aurait poussé le roi des Belges, Léopold II, a acquérir un territoire en Afrique pour y construire un royaume à sa démesure. Dans La Bataille d’Occident, le même auteur décrit l’entrée en guerre des puissances occidentales en 1914. A grand renfort de chiffres et de références historiques, il décrit l’absurdité et la violence de la guerre, l’arrogance des décideurs et la vacuité des existences, jetées en pâture dans les tranchées. Lire la suite

La Montagne de minuit de Jean-Marie Blas de Roblès

Un roman court et un roman double qui mêle le récit fictif d’un écrivain qui tente de donner vie à une histoire vécue par sa mère et le récit de sa mère, historienne, qui elle cherche à démêler le vrai du faux. Un roman de la combinaison entre Histoire et Littérature avec pour toile de fond les brigades hitlériennes au Tibet ou du moins leur prétendues existences. Lire la suite

Léonard et Machiavel de Patrick Boucheron

Léonard et Machiavel de Patrick Boucheron

Historien de l’époque médiévale, et spécialiste de l’Italie de la Renaissance, Patrick Boucheron propose ici un texte à part, une tentative d’écrire autrement l’histoire.

En juin 1502, au palais ducal d’Urbino, deux hommes se sont rencontrés sans qu’aucun document d’archive ne relate le moindre mot sur ce qu’ils ont pu échanger. Machiavel a été dépêché sur place par la Seigneurie de Florence pour évaluer au plus près la personne de César Borgia. Léonard est aussi dans l’entourage de Borgia en qualité d’ingénieur ducal. Les deux hommes vont donc se côtoyer pendant quatre mois, mais rien dans leurs correspondances respectives ne permet de savoir ce qu’ils se sont dit.

Plus tard, les deux hommes vont également se retrouver autour de projets communs, comme le chantier du détournement de l’Arno (soutenu par Machiavel et mis en chantier par Léonard) ou la commande de la fresque La Bataille d’Anghiari réalisée par Léonard et dont le contrat porte la signature de Machiavel.

Les deux hommes partagent donc une contemporanéité commune qui n’a pas été sondée par les historiens, alors même qu’il y a matière à rapprocher les deux hommes dans leur conception qu’ils se font de leur temps, et du Temps en général, et du savoir. Lire la suite

HHhH de Laurent Binet

HHhH de Laurent BinetDifficile de commencer autrement le résumé de ce livre : Laurent Binet semble être fasciné, obsédé depuis longtemps par l’assassinat de Reinhard Heydrich à Prague par deux résistants en mai 1942. Heydrich était le « Protecteur de la Bohème-Moravie » sous le Reich. Engagé très jeune dans le national-socialisme, il était une figure montante du régime lorsqu’il est tué dans un attentat à Prague. Cet attentat était orchestré depuis Londres, par les services secrets britanniques qui soutenaient la résistance tchèque.

Le livre décrit à la fois la carrière d’Heydrich, la préparation de l’opération tchèque visant à le tuer et suit également le travail de recherche de Binet et ses difficultés à écrire, à fictionnaliser cet épisode de la Seconde Guerre mondiale.

La première partie du roman (soit les 3/4 du livre) est consacrée à la présentation des différents protagonistes, puis à la narration des faits jusqu’au jour de l’attentat. La deuxième partie reprend après l’attentat et relate les conséquences de cet évènement, pour les civils notamment.

D’après une citation de Lanzmann publiée sur la quatrième de couverture de l’édition de poche, Laurent Binet « montre la lutte que se livrent dans son roman et dans son esprit le savoir documentaire et l’invention fictionnelle ». Va va voum.

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