Everything in This Country Must … de Colum McCann

Recueil de trois nouvelles, publié en 2000, Everything in This Country Must évoque, de façon plus ou moins directe selon les nouvelles, les « Troubles » en Irlande du Nord. La première d’entre elles, qui donne d’ailleurs son titre au recueil, s’ouvre sur l’image dramatique d’un cheval qui, suite à la crue d’une rivière, va être emporté par les flots. Le propriétaire du cheval et sa fille tentent en vain de le sortir du lit de la rivière, mais par manque de force, ils ne parviennent juste qu’à maintenir la tête de l’animal hors de l’eau. Alors que le père exhorte sa fille à relever l’animal tout en comprenant bien qu’elle n’y arrivera pas, une patrouille de soldats anglais fait irruption et impose son aide. Comprenant que les soldats vont les aider, le père enjoint immédiatement sa fille de laisser l’animal se faire emporter par les flots. Ce qu’elle ne se résout pas à faire… malheureusement. Dans Woods, une femme accepte pour des raisons financières de livrer des poteaux en bois à des hommes en vue de leur parade orangiste. Mais pour cela, elle doit le faire de nuit, en secret et sans avertir son mari alité. Enfin dans Hunger, un jeune garçon et sa mère quittent Derry pour s’installer à Galway, dans la République d’Irlande. Ils vivent dans une caravane, elle gagne quelques sous en chantant dans les pubs et lui passe ses journées à errer sur la plage. Régulièrement, ils prennent des nouvelles de leur oncle que le jeune garçon n’a jamais connu, et qui comme d’autres prisonniers politiques, a entamé une gréve de la faim. Lire la suite

Publicités

Let the Great World Spin de Colum McCann

Un musée éphémère. C’est en ces termes que l’un des personnages du roman, Solomon Soderberg, décrit la performance de Philippe Petit en ce matin du 7 août 1974. Un musée éphémère comme seul musée possible dans la ville de New York, peu préoccupée de son passé et toujours tournée vers l’avenir.

Le roman s’ouvre sur une scène urbaine : un homme marche dans les airs sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center. Les passants qui l’observent depuis le sol sont à la fois éberlués par son audace et terrifiés à l’idée qu’il dérape, et tombe dans le vide. Pendant une heure, l’homme marche suspendu dans les airs, s’allonge sur le fil, une jambe au repos dans le vide, court entre les deux tours jumelles. Point d’ancrage du roman, la performance de Petit restera un épisode à part dans la trame du roman, un événement évoqué par les différents personnages du roman mais, et il faut ici reconnaître l’extraordinaire intelligence de Colum McCann,  jamais vraiment raconté. Tout juste évoque-t-il sa préparation ou son retour brutal sur des réalités plus terrestres. L’auteur choisit délibérément de s’attarder davantage sur ce que la performance a signifié pour ceux qui l’ont vu, ce qu’elle a provoqué autour d’elle.

Lire la suite

The Shadow of a Gunman de Sean O’Casey à l’Abbey Theatre

Première pièce de la Dublin Trilogy sur la Révolution  irlandaise (1913-1923), The Shadow of a Gunman se situe dans un tenement de Dublin, en 1920, en pleine guerre d’Indépendance. Donal Davoren, un aspirant poète, cherche désespérément à écrire alors que la guerre semble vouloir s’immiscer jusque dans ce petit appartement miteux d’autant que les autres locataires de l’immeuble et les voisins le prennent pour un volontaire de l’IRA et même un assassin qui se cache ici pour échapper aux forces britanniques. Donal ne fait rien pour les contredire, car cela lui vaut l’affection de la mignonne Minnie, une voisine.  Aussi lui parait-il intéressant de rester dans « l’ombre de l’assassin »… Après avoir joué l’an dernier la dernière pièce de la trilogie, The Plough and the Stars (qui avait provoqué des émeutes dans et à l’extérieur du théâtre lors de sa première représentation en 1926), l’Abbey Theatre propose donc The Shadow of a Gunman, du même metteur en scène, Wayne Jordan. Lire la suite

’71 de Yann Demange

1971 : le jeune soldat britannique, Gary Hook (Jack O’Connell) est envoyé à Belfast pour maintenir un semblant d’ordre dans les différents quartiers de la ville. Les affrontements entre catholiques et protestants sont récurrents et dans cette confusion générale des factions se mettent en place pour rétablir l’ordre et au passage assoir leur pouvoir. Autant dire que l’armée britannique n’est pas forcément la bienvenue que ce soit du côté des protestants ou du côté des catholiques.

Un rapide briefing permet aux soldats arrivés depuis peu de prendre connaissance des différents quartiers et des points de contact entre les deux communautés et de découvrir que les services secrets de l’armée sont infiltrés au sein des communautés locales. Puis, ils sont envoyés en mission dans la ville pour trouver un individu et ses armes. L’opération, probablement mal préparée, vire à l’affrontement avec la population (qui proteste de voir l’un des leurs frappé au sol par les forces armées) et, dans le chaos qui suit, un enfant parvient à voler l’arme d’un soldat. Deux jeune recrues, dont Gary, partent à sa poursuite sans se rendre compte que ce faisant ils s’écartent de leur unité.

Pris à partie par la population, les deux soldats se retrouvent au sol roués de coups. Malgré l’intervention d’une jeune femme qui tente de calmer la foule, un soldat est abattu froidement par un homme armé, surgi de nulle part. Gary prend la fuite dans les quartiers, poursuivi par l’homme et l’un de ses complices.

A la nuit tombée, il  a réussi à semer les deux hommes mais ne sait pas où il est (probablement dans les quartiers catholiques), il est blessé et ne sait pas comment retrouver son unité. Une longue nuit commence pour Gary… Lire la suite

Jimmy’s Hall de Ken Loach

Après en avoir tant entendu parlé, nous avons enfin découvert le dernier film de Ken Loach, le deuxième sur l’histoire de l’Irlande. The Wind that Shakes the Barley se situait dans l’Irlande ante et post-indépendance, en suivant notamment le parcours de deux frères, l’un acceptant le traité proposé par Londres, l’autre le refusant, incarnant à eux deux ce qui fut la guerre civile irlandaise des années 20. Avec Jimmy’s Hall, Ken Loach fait un léger bond dans le temps, dans les années 30 où en apparence du moins le peuple irlandais est apaisé. Ce qui permet à des individus comme Jimmy de revenir en terre natale après 10 ans d’exil aux États-Unis. En apparence, car il apparait rapidement que si Jimmy veut rester en Irlande, il va lui falloir abandonner ses idéaux d’antan et accepter le nouvel ordre : finie donc l’émancipation des femmes, finie la redistribution des terres. Dans cette Irlande de 1930, chacun a repris sa place et il n’est pas question de remettre en doute un ordre aussi fragilement acquis. L’autorité est imposée à la population conjointement par la toute puissante Église catholique et par les propriétaires terriens. Si les têtes changent, les mécanismes économiques et sociaux restent les mêmes. Ce que Jimmy va vite apprendre à ses dépens… Lire la suite