The Deuce (saison 3) de David Simon

En cette veille de réveillon, le quartier du Deuce est fin prêt pour fêter dans l’exubérance et la diversité le passage à l’année 1985. Pourtant les sourires de circonstance masquent mal l’ambiance morose qui s’est abattue sur ses habitants. La drogue s’est répandue dans les rues bousculant les rapports de force qui s’étaient instaurés entre la mafia, la police et les commerçants. Rudy (Michael Rispoli) est de plus en plus contesté, notamment par Frankie (James Franco) qui a développé à la marge et contre l’avis de ce dernier son propre business. Vincent tient toujours son club, comme Paul (Chris Coy) et Abby (Margarita Levieva) son bar, pilier de la vie du quartier, mais les affaires marchent mal, l’épidémie de sida dévaste leur clientèle et leurs amis.  Gene Goldman (Luke Kirby) poursuit son projet de réaménagement du quartier, profitant d’ailleurs de la disparition de nombre de ses habitants et de l’insécurité actuelle pour progresser plus vite, s’appuyant encore et toujours sur le lieutenant Chris Alton (Lawrence Gilliard Jr.). Eileen (Maggie Gyllenhaal) est devenue une metteur en scène reconnue, mais ses films féministes ne font plus recette, ce que Harvey (David Krumholtz) a du mal à lui faire comprendre. Quant à Lori Madison (Emily Meade), elle est devenue une star du X comme elle le souhaitait. Mais bien qu’elle ne tapine plus sur les trottoirs de New York, elle n’en reste pas moins emprisonné dans son statut de femme que l’on possède, à Los Angeles ou ailleurs. Lire la suite

The Ballad of Buster Scruggs d’Ethan et Joel Coen

A l’origine, une série de six épisodes produite par les Frères Coen en collaboration avec Annapurna Television, puis avec Netflix. Le projet se transforme en long-métrage à sketchs, et entre dans la sélection de la Mostra de Venice en 2018. Il sort quelques jours en salles, puis est diffusé sur la plateforme Netflix en novembre 2018. Ce long-métrage à sketchs est l’adaptation de nouvelles écrites par les Frères Coen sur une période d’environ vingt ans — ce qui explique les différences dans le choix des sujets et dans le ton — en hommage à l’imaginaire du western, écrit ou filmé. All Gold Canyon est un hommage aux nouvelles de Jack London, The Gal Who Got Rattled s’inspire des histoires de Steward Edward White, auteur prolifique du Far West entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe (au moment de son déclin), et rend hommage également au cinéma de Ford. Dans son ensemble, le long-métrage s’inscrit dans la veine des contes écrits, comme l’indique la présence d’un livre et de son lecteur ainsi que les nombreux plans sur des pages imprimées. Son titre rappelle l’importance des chants dans les six histoires, les Frères Coen ayant conçu ce long-métrage comme un album, avec ses chansons d’ouverture et de fin. Lire la suite

The Deuce (saison 2) de David Simon

Sur la 42e avenue, le monde clos des travailleurs du sexe vit au rythme routinier de la nuit, à peine perturbée par les descentes de police, les embrouilles entre macs et le renouvellement des filles. L’arrivée du porno, via la circulation de photographies, de clips érotiques ou de longs-métrages, perturbent cependant cette apparente tranquillité. C. C. (Gary Carr) comprend le potentiel de Lori (Emily Meade), mais redoute que le magot lui échappe. Larry (Gbenga Akinnagbe) aussi, mais, contrairement à C.C qui veut garder sa place de mac y compris dans l’industrie du porno, lui y voit une opportunité pour ses filles et pour lui-même. Eileen / Candy (Maggie Gyllenhaal) poursuit son rêve de devenir une réalisatrice de films pornographiques et artistiques à la fois, malgré les difficultés financières et relationnelles avec le milieu qui la traite toujours en prostituée. Vince (James Franco), grâce à sa proximité avec Rudy Pipilo (Michael Rispoli), parrain mafieux, a pu réaliser son rêve et devenir le gérant d’un night-club à la mode de Manhattan. Sa compagne Abby (Margarita Levieva) utilise le bar que Vince lui a confié pour promouvoir des artistes locaux et des associations, et s’engage dans l’action sociale en faveur des prostituées. Quant à son beau-frère, Bobby (Chris Bauer), il vit confortablement des revenus de la maison close qu’il gère pour le compte de Rudy. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un adjoint à la mairie n’avait pas pour ambition d’ouvrir  le quartier aux promoteurs et de déloger tous ses occupants pour les remplacer par des catégories sociales plus aisées. Lire la suite

The Deuce de David Simon

The Deuce est le surnom de la 42e rue dans la ville de New York, entre la 7e et la 8e Avenue, juste à côté de Times Square : une rue connue pour son trafic de drogue, ses bars homosexuels et ses prostituées. Dans le petit monde de la 42e, les proxénètes, comme C. C. (Gary Carr) et Larry (Gbenga Akinnagbe), sont des entrepreneurs qui gèrent un cheptel de prostituées comme Darlene (Dominique Fishback) et Lori (Emily Meade). Peu de prostituées comme Candy (Maggie Gyllenhaal) se paient le luxe (et surtout prennent le risque) de travailler en solo (les clients violents étant en général retenus par la menace du mac).

Pour faire illusion, des agents comme Chris Alston (Lawrence Gilliard Jr) et son collègue Danny Flanagan (Don Harvey) coffrent à intervalles réguliers les prostituées pour les relâcher le lendemain sans poursuites réelles. Une routine qui perturbe peu ce quartier, connu également pour ses bars, que fréquentent les mêmes prostituées, leurs proxénètes, leurs clients et parfois la police — ou les mafieux. Vincent Martino (James Franco) veut ouvrir son propre bar mais manque d’argent, d’autant qu’il doit payer les dettes de son frère jumeau Frankie (James Franco). Quand son beau-frère, Bobby (Chris Bauer, déjà vu dans The Wire comme le chef des dockers), doit arrêter de travailler sur des chantiers pour des raisons de santé, il est contraint d’accepter la proposition d’un mafieux local : d’abord il devient le gérant d’un de ses bars, puis celui d’une de ses maisons closes.

Au tournant des années 70, la municipalité a décidé de « nettoyer » le quartier et les prostituées gênent l’essor immobilier de ce dernier. Pouvoirs publics, mafia et police travaillent alors main dans la main devant la promesse de profits juteux. Le paysage évolue alors vite : l’industrie pornographique prend son essor et offre une porte de sortie à celles qui comme Candy ne veulent pas finir dans la rue et veulent garder leur indépendance. La mafia s’intéresse alors de près à l’industrie du sexe, avec la bénédiction des autorités qui y voit l’occasion unique de faire disparaître dans des maisons closes ou sur vidéo cette industrie lucrative mais gênante en terme d’image. Lire la suite

11.22.63 de Bridget Carpenter

Al (Chris Cooper), propriétaire d’un café ambiance sixties, confie à l’un de ses proches clients Jake, un professeur d’anglais (James Franco), l’existence d’un passage secret dans son établissement qui permet de retourner dans l’année 1960. Ayant lui-même fait des voyages réguliers vers cette époque mais souffrant à présent d’un cancer, Al demande à Jake d’y aller à sa place pour accomplir une mission. D’après Al, la situation aux USA n’a cessé d’empirer depuis la mort de J.F. Kennedy et surtout Al ayant perdu de nombreux camarades dans la guerre du Vietnam, il est persuadé qu’en  empêchant la mort du mythique président, il évitera la guerre et tout ce qui a suivi. Jake hésite, mais Al le rassure : même s’il reste plusieurs années en 1960 jusqu’à l’assassinat, il ne se sera passé que quelques minutes en 2016, il ne fera le voyage qu’une fois au risque d’effacer par un nouveau voyage ce qu’il a accompli dans le précédent et il ne doit agir que sur Kennedy et ne pas chercher à modifier autre chose car le temps est capricieux et empêche par des effets paradoxaux toute modification. Jake finit par accepter : pour empêcher l’assassinat de Kennedy, il doit d’abord être sûr que Lee Harvey Oswald a bien agi seul. Il doit pour cela être le témoin de la tentative ratée d’assassinat sur le général Walker, quelques mois avec celui de Kennedy. Si Oswald tente seul de tuer Walker, alors Jake peut le tuer pour l’empêcher d’agir à nouveau. Si Oswald n’est pas seul, alors Jake même en le tuant ne pourra pas empêcher la mort de Kennedy.

Après avoir réglé quelques derniers détails pratique, la mission peut alors commencer… Lire la suite