Les Pieds bandés de Li Kunwu

Album en un tome sur une histoire personnelle de l’auteur d’Une vie Chinoise, celle de Chunxiu, nourrice de Li Kunwu et de sa sœur. Chunxiu est née dans une province et à une époque où la pratique des pieds bandés est encore valorisée. Pour trouver un riche parti et avoir ainsi une place à part dans la société et vivre de manière opulente, les jeunes filles sont contraintes de sa bander les pieds (pour atteindre la mesure presque magique de 7,5cm). L’opération est longue, très douloureuse et irréversible, laissant ces jeunes files, et plus tard ces femmes, dans l’incapacité de se déplacer normalement (elles trébuchent souvent, ne peuvent pas courir, avancent lentement et ne peuvent donc pas parcourir des distances importantes). Cette pratique est souvent comparée à la castration des Eunuques, mutilation obligatoire pour entrer au service de l’Empereur. Lire la suite

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Une vie chinoise, tome 3 : Le temps de l’Argent de Li Kunwu et Philippe Otié

Dernier tome du récit autobiographique de Li Kunwu qui, en trois volumes, narrait l’histoire de la Chine depuis son enfance aux premiers jours de la prise du pouvoir de Mao jusqu’à l’époque actuelle. Dans ce dernier tome, la Chine de Mao est très loin, il n’en reste que de vagues survivances dans le Parti communiste chinois. La Chine est entrée de plain-pied dans l’ère du capitalisme (d’où le titre) et les Chinois, lassés par des années de privations, de famines et de luttes civiles, embrassent cette nouvelle ère de stabilité enfin accomplie. Lire la suite

Une Vie chinoise, tome 1 : le temps du père, de Li Kunwu et P. Otié

On peut parler de roman graphique plus que d’une bande dessinée. Sur certains points, le travail de Li Kunwu m’a rappelé celui de Will Eisner, notamment dans son roman graphique To the Heat of the Storm. Eisner y décrivait comment il était devenu dessinateur de bande dessinée pendant la Seconde Guerre mondiale en illustrant un journal pour les soldats. Li devient dessinateur lorsqu’il s’engage dans l’armée chinoise, son travail est de dessiner le Président Mao dans des journaux de propagande. Depuis il est membre du Parti communiste chinois et administrateur de l’Association des artistes du Yunnan. Lire la suite

Une vie chinoise, tome 2 : le temps du Parti de Li Kunwu et P. Otié

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Pour un résumé du tome 1, voir le compte rendu ici.

La mort de Mao sonne la fin de la révolution culturelle et l’entrée dans une nouvelle phase de l’identité communiste en Chine. Le père de Li revient enfin parmi les siens, après avoir passé plus de dix ans dans des camps de rééducation. Il est toujours aussi fier de son parti, et va même dès sa sortie de camp occuper une place importante dans les organes du parti (directeur général). Li rêve lui aussi d’entrer dans le parti, il est d’ailleurs repéré par certains pour ses talents de dessinateur, mais son passé et ses origines familiales lui ferment l’accès au parti (ses grands-parents étaient des propriétaires terriens). A force de courage et d’endurance, il parviendra à ses fins. Il faut dire que le parti a changé, et la Chine avec lui. Chacun suit maintenant les préceptes du camarade Deng Xiaoping, vaste mouvement de libération (de la pensée, de l’art en autre) qui va ouvrir la Chine au capitalisme.

Une bande dessinée toujours aussi intéressante à lire. D’une part par la qualité de sa narration et de ces dessins. D’autre part, par le point de vue qui y est adopté. L’auteur ne se cache pas de son appartenance au parti; du coup il livre une vision partisane mais néanmoins lucide de la Chine et du communisme. Le fait même que son père, alors qu’il sort de dix ans de redressement, ne renie pas son appartenance au parti est un choc pour tout lecteur occidental qui s’attendrait à cet instant à une remise en question du parti et de ses valeurs. Il n’en est rien. Alors on peut voir avec effroi ce qu’est le parti communiste chinois, ses membres et comment ses orientations sont choisies. La transition d’une Chine dirigée par Mao en retard économiquement, vers une Chine « libérée », qui va se jeter totalement dans le capitalisme est impressionnante.https://i1.wp.com/faguoren.unblog.fr/files/2010/05/parti.jpg

Rendez-vous de l’Histoire de Blois: L’Orient

Les Rendez-vous de l’histoire de Blois avait pour thème cette année, l’Orient. La conférence inaugurale a été prononcée par l’historien indien Sanjay Subrahmanyam, qui est revenu lors de son discours sur la définition de l’orientalisme, trop imprécise dans le livre d’Edward Said, publié en 1978. L’orientalisme est le fait de voyageurs aux origines et aux buts tellement différents qu’il est difficile de les regrouper sous une même appellation (pèlerins, ambassadeurs, savants…). Pour Sanjay Subrahmanyam, il importe donc de préciser leurs origines, leurs buts et ainsi de particulariser leurs points de vue pour mieux les connecter. Conférence très intéressante, et menée de main de maître, mais qui, on le découvrira le lendemain, n’a pas plu aux dinosaures de la recherche historique.  Lire la suite