Delacroix and the Rise of Modern Art à la National Gallery

L’annonce de cette exposition à la National Gallery sur Eugène Delacroix, était d’autant plus surprenante qu’une bonne partie de ses tableaux (les grands formats notamment) sont conservés au Louvre et n’en bougent qu’à de très rares exceptions. De fait, le contenu de l’exposition et la perception des Britanniques du chantre du romantisme pictural français constituaient deux mystères intrigants. Un article publié dans la presse anglaise, au moment de l’ouverture de l’exposition, permettait d’en savoir plus sur les peintures exposées de Delacroix : des petits formats surtout et des copies, ce qui confirme le pressentiment que l’exposition est un prétexte. Reste à confronter la thématique choisie par les commissaires de l’exposition : Delacroix et son influence sur la peinture moderne française, avec les exemples entre autres de Cézanne, Picasso, Van Gogh et Matisse. Lire la suite

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Inventing Impressionism à la National Gallery

Exposition proposée à la National Gallery du 4 mars au 31 mai 2015, qui reprend en fait celle du Musée du Luxembourg, « Le pari de l’Impressionnisme ». Comme le présente fort justement le titre anglais, l’objectif de cette exposition est de découvrir, à travers la description de la vie et de l’oeuvre de Paul Durand-Ruel, marchand d’art,  les éléments balbutiants du marché de l’art, de réfléchir aux rôles de ces commerçants éclairés dans la promotion et la découverte de nouveaux artistes et au-delà de leur influence dans l’histoire des courants artistiques.

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The Great War in Portraits à la National Gallery

The Great War in Portraits à la National GalleryOutre les deux expositions présentées dans les billets précédents, les Boggans ont pu profiter du beau temps pour se balader dans les quartiers de Londres et… faire d’autres musées et expos.

Non loin de la National Gallery, se trouve la National Portrait Gallery qui, en plus de présenter les portraits des grandes têtes couronnées, des hommes politiques, des scientifiques et des artistes anglais, proposait une exposition sur le thème de la Grande Guerre, The Great War in Portraits. Une exposition assez limitée mais dont l’agencement révélait un vrai soucis de « donner du sens » au fait même d’exposer des portraits sur cette période.

De mémoire, il y a quatre salles et l’exposition s’ouvre sur une sculpture de Jacob Epstein, Torso in Metal from « the Rock Drill », représentation manifeste de la foi (et des désillusions) envers le progrès et envers la mécanique qui caractérise l’époque d’avant-guerre. The Rock Drill a été présentée en 1914, mais a été ensuite détruite par l’artiste (des copies ont été réalisées d’après photo pour la Tate Modern). De cette première sculpture, il a gardé certains éléments pour créer une nouvelle oeuvre, présentée en ouverture de l’exposition. Dans cette nouvelle version, l’homme androïde est amputé d’un bras, preuve que cette foi progressiste ne survivait pas ou mal aux épreuves du combat.

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Véronèse: Magnificence in Renaissance Venice à la National Gallery

Véronèse: Magnificence in Renaissance Venice à la National Gallery

Retour à Londres pour les Boggans et retour à la National Gallery pour suivre l’exposition qui est consacrée à Véronèse et dont le sous-titre souligne sa magnificence dans la renaissance vénitienne.

L’exposition se développe sur sept salles, des débuts de Véronèse à Vérone à son triomphe à Venise où il devient l’artiste le plus célèbre et le plus en vue de son époque. La première salle est consacrée à ses débuts à Vérone jusqu’à son arrivée à Venise (à partir de 1550), on y admire déjà sa passion pour le classicisme antique, l’ensemble parait extrêmement conventionnel, même si ici ou là quelque touches plus personnelles affleurent dans son travail : son intérêt pour l’art de Michel-Ange, sa capacité à juxtaposer dans le même espace du tableau des figures religieuses et contemporaines. Ironie du sort, l’un des tableaux exposés dans cette salle est un prêt de la ville de Caen, comme quoi il faut parfois aller loin pour découvrir ce que l’on a près de chez soi.

La deuxième salle est consacrée aux portraits. Véronèse travaillait exclusivement sur commande, auprès de riches familles aristocratiques. Ses commandes concernaient à la fois des scènes religieuses pour décorer des palais ou des portraits de famille. Le portrait pour ces familles aristocrates n’a qu’un but : montrer leur opulence, leur importance dans la société italienne. Fourrure, bijoux, soieries s’étalent sans ménagement dans ses toiles, dévoilant l’assise matérielle des commanditaires et leurs ambitions et permettant à l’artiste de montrer sa maîtrise technique lorsqu’il peint un velours avec une telle maestria qu’on a la sensation de le toucher en le voyant.

Véronèse: Magnificence in Renaissance Venice à la National Gallery

Véronèse. Iseppo da Porto et son fils (détail).

La troisième salle est consacrée aux pièces peintes pour les autels et aux tableaux pour décorer les églises. Les sujets sont donc exclusivement religieux, faits pour décorer différents éléments d’une église : ainsi deux tableaux présentés dans cette pièce côte à côte sont en fait les deux volets d’un orgue. Petite préférence dans cette salle pour le tableau représentant le Saint Menna, ancien soldat romain devenu ermite puis martyr mais qui est représenté là dans sa splendeur militaire avec son armure, son épée et son hallebarde. Le contraste entre son histoire (ce qu’elle représente) et le tableau est assez frappant.

La quatrième salle est consacrée à la théâtralité des tableaux de Véronèse et à leur magnificence. Un tableau illustre bien cette théâtralité : la famille de Darius devant Alexandre. Il y a effectivement dans le geste et la posture d’Alexandre quelque chose de très théâtral, qui n’est pas sans rappeler les drames shakespeariens. Ainsi derrière l’aspect très conventionnel des toiles de Véronèse, apparaissent, mais de façon très fugace dans cette exposition, des apports plus personnels.

La cinquième salle est consacrée aux sujets religieux, cette fois dans un contexte de la Contre-réforme (1570-1580). La peinture de sujets religieux devient un instrument dans la réaffirmation de la foi catholique, Véronèse conçoit donc ses tableaux monumentaux comme ses toiles plus petites comme des supports de dévotion pour les croyants. L’ensemble me laisse de glace.

Véronèse: Magnificence in Renaissance Venice à la National Gallery

Paolo Veronese. Saint Menna (détail).

Une petite bouffée d’air dans ce trop-plein religieux : la sixième salle consacrée aux allégories et aux mythologies. A travers la figure de Mars aimant Venus, Véronèse dépeint les relations entre les hommes et les femmes de son époque, relations traversées par l’infidélité, le respect, le mépris et l’union heureuse. Pour la première fois depuis le début de l’exposition, des sentiments affleurent aux contacts de ces toiles : tantôt drôles, sensuelles ou cocasses, elles laissent entendre un peu plus la personnalité de l’artiste.

La dernière salle est consacrée aux derniers travaux de l’artiste, dont une partie a été réalisée par ses assistants. Les sujets religieux sont nombreux et empreints de piété.

Au sortir de cette exposition, une impression mitigée : comme écrasée par la maîtrise technique de l’artiste, cette exposition n’a pas véritablement montré son personnalité. Véronèse apparaît comme un parfait technicien, travaillant sur commande, manifestant ici ou là quelques aspirations personnelles assez peu vivaces dans un contexte de conventions religieuses et artistiques. Alors, certes, les soieries sont belles, les sujets religieux impressionnants, mais tout cela semble manquer de sentiments. En tous cas, mise à part la sixième salle, peu de toiles m’ont interpélée.

Véronèse: Magnificence in Renaissance Venice à la National Gallery

Véronèse. Mars et Vénus.1575