Ca ira (1) : fin de Louis de Joël Pommerat au théâtre des Quinconces au Mans

France, maintenant. Le déficit du budget de l’Etat atteint des sommets, il vient s’ajouter à une dette devenue insupportable. Cet endettement est d’autant plus grave que le système fiscal actuel est totalement injuste et que le poids de cette dette repose sur les plus modestes qui travaillent pour payer des impôts tandis que les plus grandes fortunes elles bénéficient de nombreuses exemptions en tous genres et profitent de la dette en spéculant dessus.

Mais il y aussi cet état de délitement des institutions qui génère un sentiment montant de frustration et de colère : emplois réservés à une catégorie de population déjà privilégiée qui ferme toute possibilité d’ascension aux autres pour être sûre de se maintenir dans ses prérogatives, Etat gangrené par des personnes qui s’en servent, se servent plutôt qu’elles ne servent, multiplication des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.

Un grand changement est nécessaire. Urgent. Indispensable. Heureusement, le bon roi Louis, conseillé par son premier ministre réformateur, a appelé la réunion des Etats généraux… Lire la suite

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Revolution under a King: French prints, 1789-1792 à l’University College London Museum (11 janvier-10 juin 2016)

Jean-Michel Moreau, d’après Noël Le Mire, « Louis Seize: Bonnet des Jacobins donné au roi le 6 juin 1792 », gravure sur plaque de cuivre, UCL Art Museum.

L’UCL propose dans son petit musée d’art une exposition, brève mais très intéressante, des imprimés (la plupart colorisée) datant des trois premières années de la Révolution française. L’idée est d’explorer les mutations des représentations telles qu’elles étaient données à voir par l’image sous la monarchie constitutionnelle qui met en tension un univers mental hérité de l’Ancien Régime et la profusion des nouvelles images avec la Révolution. Cette dernière donna en effet naissance à une explosion de trouvailles visuelles comme autant de réponses aux changements rapides de l’époque : caricatures, médailles, assiettes — toute la panoplie de la culture visuelle est ainsi présente dans cette exposition dont les commissaires sont David Bindman et Richard Taws, du département d’histoire de l’art d’UCL qui mettent ainsi en valeur les riches collections de l’université. Lire la suite

The French Disease. The Catholic Church and Irish Radicalism, 1790-1800 de Dáire Keogh

Dáire Keogh, The French Disease. The Catholic Church and Irish Radicalism, 1790-1800, Dublin, Four Courts Press, 1993, 297 p.

Issu de sa thèse de doctorat, The French Disease, de Dáire Keogh (aujourd’hui président du St. Patrick’s College de l’université de Dublin) est une analyse salutaire (si je puis dire) de l’Eglise catholique pendant la décennie 1790-1800 en Irlande. Salutaire, car le livre, en s’attachant à cette période, montre que si l’Eglise était dans une situation de faiblesse institutionnelle avant cette décennie du fait des lois pénales qui, même si elles ont été assouplies en 1778 et 1782, empêchaient toute organisation institutionnelle, cette même Eglise émerge après 1800 et l’union entre l’Irlande et l’Angleterre comme l’unique institution « représentative » (en tout cas vue comme telle) du peuple catholique au point que pour définir ce même peuple les mots « catholique » et « irlandais » sont devenus interchangeables, ce que le XIXe siècle et le XXe siècle confirmeront. Que ce catholicisme soit défini par la hiérarchie et non le peuple, et qu’il soit conservateur est également le résultat de cette décennie. Lire la suite

La République des girouettes de Pierre Serna

Difficile pour moi de faire une critique objective de cet ouvrage d’une ampleur vertigineuse. De plus, les recensions qui en ont été proposées (celle de Jean-Luc Chappey dans les AHRF ou celle de Guillaume Mazeau) sont bien plus savantes et érudites que celle que je pourrais écrire ici. Il ne s’agira donc que de dire en quoi cet ouvrage m’a plu parce qu’il m’a bousculé et en quoi il m’a laissé sur ma faim.

Tout d’abord, l’ouvrage est passionnant. Pierre Serna écrit avec une plume alerte, souvent polémique mais qui ne devient jamais stérile car elle est trempée dans l’encre d’une érudition qui force l’admiration. Son style s’est nourri de la fréquentation des écrivains du XIXe siècle avec lesquels il débute son étude sur les girouettes en politique, thème en apparence anodin voire à peine bon qu’à quelques sarcasmes et au mépris qu’ils méritent. Pourtant, Pierre Serna décide d’en faire un objet d’histoire à part entière ce qui en soi est intéressant mais va plus loin encore en proposant une thèse qui est, pour le coup, véritablement passionnante. Tenter ici de la résumer est voué à un échec quasi certain. Disons que je livre ici ce que j’en ai compris et ce que j’en retiendrai.
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