Brooklyn de John Crowley

Un réalisateur qu’on a beaucoup aimé dans Boy A, un écrivain, Nick Hornby au scénario, Saoirse Ronan dans le rôle principal et une histoire sur l’immigration irlandaise aux USA — sur le papier, tout semble très prometteur, d’autant que l’actrice a reçu un grand nombre de nominations et de récompenses pour son rôle, on en salive donc d’avance (surtout M). Nous plongeons donc avec ravissement dans le petit village d’Enniscorthy, après-guerre, pour suivre les tribulations de Eilis, qui grâce à l’intervention de sa sœur et de ses contacts avec un prêtre aux USA va quitter la déprimante campagne irlandaise pour se lancer dans une nouvelle vie à Brooklyn. après un voyage difficile, et des premières semaines sur le sol américain assombries par son mal du pays, Eilis finit par se faire une place dans la communauté irlandaise de Brooklyn et surtout, elle rencontre son grand amour. Il n’est pas Irlandais mais Italien ce qui dans le Nouveau Monde ne pose aucun problème. At home, ce n’est malheureusement pas le même son de cloches… Lire la suite

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How I Live Now de Kevin Macdonald

Adaptation d’un roman de jeunesse éponyme de Meg Rosoff, auteure américaine qui a surtout écrit pour la jeunesse et dont le premier roman, How I Live Now a remporté de nombreux prix. J’avoue à ma grande honte avoir lu ce roman il y a quelques années mais ne me souvenant absolument pas de la fin, j’ai des doutes sur le fait que je l’ai terminé. L’adaptation est réalisée par Kevin MacDonald, cinéaste écossais, a qui l’on doit notamment Le Dernier roi d’Ecosse (2006) et la version américaine de State of Play (2009, transposition de la série anglaise).

Elisabeth (Saoirse Ronan), qui préfère qu’on l’appelle Daisy, débarque en Angleterre pour y passer l’été avec ses cousins. Son père l’a éloignée du domicile familial, car visiblement Daisy ne s’entend pas avec sa belle-maman et le couple venant d’avoir leur premier enfant, Daisy est de trop (enfin elle explique son exil comme cela). En arrivant, elle découvre un pays en proie à l’état d’urgence, Paris vient d’être victime d’une attaque nucléaire, l’armée est donc en patrouille dans tout le pays.

Elle fait la connaissance de sa famille d’accueil anglaise : une famille un peu bohème, la mère est souvent absente, le père est inexistant, les enfants (deux garçons et une fillette) vivent seul et se débrouillent du mieux qu’ils peuvent. Peu après son arrivée, Londres est elle aussi victime d’une attaque nucléaire. La mère étant justement absente pendant l’attaque, les enfants se retrouvent complètement isolés dans un pays en guerre. Bientôt les autorités décident de protéger les populations en les envoyant dans des camps surveillés. Daisy reste avec Piper, sa jeune cousine, mais est séparée de deux garçons, Isaac et surtout Eddie, son amoureux. Lire la suite

Lost River de Ryan Gosling

Lorsque la coqueluche du cinéma américain passe derrière la caméra, il propose un film très « indie », quelque part entre David Lynch et Jim Jarmush dans une ville aisément identifiable à Detroit où Billy (Christina Hendrick, vue dans Mad Men) tente désespérément de payer ses arriérés d’emprunt à la banque pour éviter la saisie et la démolition de sa maison comme tant d’autres dans le quartier qui sont déjà partis vers le « Sud », alors que son fils ainé, Bones (Ian De Caestecker, Agents of Shield) récupère de la ferraille dans les maisons abandonnées et se rapproche de la voisine d’en face, Rat (Saoirse Ronan en brune gothique qui ressemble à rien, avec son rat domestique). Mais tandis que Billy dégote un nouveau travail qui lui a été proposé par le banquier dans un club sordide et décadent, Bones et Rat se racontent des histoires à propos d’une ville-fantôme disparue sous la rivière perdue, lorsqu’un barrage a été construit autrefois… Lire la suite

Byzantium de Neil Jordan

Une jeune fille écrit à la fenêtre de son appartement un journal d’intime dont elle déchire les pages, les laissant s’envoler pathétiquement dans le vent. Au bas de l’immeuble un vieil homme récupère les feuillets, invite cette jeune fille à venir chez lui et accepte qu’elle prenne soin de sa dernière heure. Eleanor est une vampire, mais son humanité l’a pousse à ne se nourrir que de personnes consentantes, souvent des personnes âgées qui acceptent par ce geste leur fin de vie.

Quand elle rentre chez elle après sa rencontre avec le vieil homme, elle retrouve sa mère Clara, vampire elle aussi, dans un état de panique avancée. Un homme, membre visiblement d’une organisation secrète, les a retrouvées. Clara décide alors de fuir vers la cote.

Grâce à un sens pratique surdimensionné, elle leur trouve un nouveau refuge : Byzantium est un ancien hôtel presque à l’abandon que Noel a hérité de sa mère et dont il occupe bien malgré lui les étages. Clara décide de se planquer dans l’hôtel et d’en faire une maison de passe, histoire de se renflouer. En attendant, Eleanor traîne dans les rues de cette petite ville côtière et fait la rencontre de Frank, un jeune étudiant en arts.

Au vu des premières images, on se dit que le film va être plutôt sympa, avec un mélange assumé entre vampirisme, romantisme et quête d’humanité. Malheureusement, le rythme du film a eu raison de mon enthousiasme et c’est très péniblement que je suis arrivée à la fin.

Le film manque d’envergure, parait trop simple (trop simpliste) dans son écriture malgré une intrigue un peu alambiquée et surtout l’atmosphère du début (ce côté romantisme noir) va vite se déliter pour ne plus apparaître que comme un arrière-fond un peu bon marché.

Dommage car il y avait un vrai potentiel.

— LN

Trinity!

Je suis un peu moins sévère que H. même si je dois reconnaître que le film est raté, mais au moins, il y avait là une vraie tentative non pas de réinventer le genre de vampires (Morse avait fait cela) mais de montrer ce que peuvent signifier de passer deux cents ans à tenter d’échapper à des ennemis. Et puis ces deux femmes, cette mère et cette fille vampires (l’une brutalement pragmatique après ce qu’elle a vécu en tant que victime d’une société profondément injuste qu’était l’Angleterre du début du XIXe siècle, l’autre rêveusement mélancolique), l’idée également de relier l’existence des vampires à une légende irlandaise d’une île hantée (Kyasid !), ainsi que le potentiel des deux actrices (Gemma Aterton toujours aussi voluptueuse et parfaite dans ce rôle de vampire séductrice et prédatrice et Saoirse Ronan qui a bien grandi et dont le visage est déjà un potentiel dramatique) mais aussi le cadre de cette station balnéaire du sud de l’Angleterre résolument original pour un film de vampires — tout cela m’a séduit (par contre, le jeune acteur qui joue l’étudiant est juste ridicule).

En fait, je crois que Neil Jordan ne savait pas trop où aller avec tous ces éléments, n’ayant justement pas réussi à les relier tous pour former quelque chose de cohérent. Du coup, si la fin du film, en partant dans des envolées gothiques classiques du récit à la première personne au passé à coups de flash-backs, échoue à relier tous ces fils épars, l’un d’entre eux m’a tout de même intéressé jusqu’au bout : le lien, ténu il est vrai, entre la prostituée du début du XIXe siècle et celle du début du XXIe siècle. J’aurais aimé, en fait, que le film soit cette histoire-là : l’histoire de cette rencontre qui a transformé Clara en vampire, l’histoire de cet officier devenu vampire et l’histoire qu’ils renouent ensemble à la fin. En fait, au lieu de vouloir combiner de multiples possibilités, Jordan aurait sans doute dû aller à fond dans le côté gothique et nous faire le film qui était contenu dans le journal d’Eleonore et dont un des personnages, lorsqu’il le lit, dit qu’il est l’enfant étrange de Poe et de Shelley. Et là Jordan aurait proposé un vrai retour aux sources, refermant, enfin, la parenthèse Twilight et redonnant au vampire toute sa splendeur terrifiante. Soupir…

Maintenant, j’attends le prochain Jim Jarmush.

— Mathieu