Robert Rauschenberg à la Tate Modern

Exposition présentée à la Tate modern depuis le 1er décembre 2016 et jusqu’au 2 avril 2017. Je ne connaissais absolument pas cet artiste américain, connu notamment pour ses collages, sur lesquels l’exposition revient peu puisqu’elle s’attarde davantage sur l’investissement de cet artiste envers la danse, qui se limitait au départ à la réalisation de décor pour des chorégraphies, mais qui au fil des ans s’est développé au point que Rauschenberg a fini par concevoir ces propres mises en scène et s’est même illustré sur scène avec d’autres danseurs. Lire la suite

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Alexander Calder : Performing Sculpture à la Tate Modern

Retour à la Tate modern pour une exposition sur Alexander Calder, célèbre sculpteur américain dont j’avais vu quelques œuvres dans les jardins du Rijksmuseum d’Amsterdam, des sculptures abstraites, toutes peintes en rouge, fixées au sol et qui ne m’avaient pas laissé une grande impression.

A contrario, la rétrospective de la Tate est impressionnante par la qualité et le quantité d’oeuvres présentées et elle parvient, malgré quelques défauts, à rendre parfaitement compte de l’apport de Calder : légèreté, mouvement, travail sur la lumière puis sur le son, les sculptures de Calder s’animent et bouleversent nos idées sur ce qu’est la sculpture. Lire la suite

Matisse: the cut-outs à la Tate Modern

Au départ, nous avons eu beaucoup d’hésitation quant à l’intérêt d’aller voir cette exposition à la Tate Modern, notamment parce qu’elle était uniquement consacrée aux découpages de Matisse. Puis lisant un article dans le Guardian, mais également dans le Monde, on a finalement opté pour la Tate (plutôt que la Cathédrale St-Paul, que l’on verra une prochaine fois).

Et on a bien fait.

En lisant l’article dans le Guardian, j’avais eu l’impression que les découpages avaient été pour Matisse un moyen de conjurer le sort : immobilisé dans un fauteuil roulant à la fin de sa vie, cette technique lui aurait alors permis de continuer à peindre, mais de manière indirecte. En fait, et c’est tout le but de cette exposition, les découpages ont été au départ un moyen de préparer ses toiles (et notamment d’en visualiser l’espace par rapport aux objets) puis ils sont devenus des œuvres à part entière, jusqu’à accompagner l’artiste dans ses dernières évolutions.

Henri Matisse. Jazz. 1943

L’exposition suit donc un ordre chronologique, afin de nous montrer la place grandissante que vont prendre ses découpages dans l’oeuvre de Matisse (et dans sa vie). Sa grande force est de nous faire ressentir à quel point ils ont été fondamentaux dans son approche artistique et dans son quotidien. Quatorze salles sont donc dédiées aux seuls découpages, chaque salle apportant une nouvelle compréhension de la place de cette technique chez Matisse et nous donnant une pleine compréhension de ce qui se joue sous nos yeux ébahis.

La première salle présente ce qui fut au départ la fonction des découpages : tester avant de peindre la géométrie de la toile, en y plaçant les découpages des futurs objets pour voir leur espacement, leur inclinaison, leur rapport à l’espace de la future peinture. Sur l’un des murs, le spectateur peut d’ailleurs voir d’un côté les découpages sur une toile provisoire, puis de l’autre la peinture définitive (Still Life with Shell). Une vidéo d’Adrien Maeght dans la même pièce montre comment Matisse découpait ses larges bandes de papier. Cette première salle donne une impression de dynamisme et de mobilité qui contraste fortement avec cette image d’un artiste cloué dans son fauteuil.

Vient ensuite le travail que Matisse réalise pour Jazz, un livre sur le cirque et le théâtre illustré par l’artiste. Toute la salle est consacrée à la présentation de Jazz, le spectateur peut alors comparer l’impression papier avec les maquettes faites de découpages et suivre les questionnements de Matisse tout au long de son travail. Sont alors apparents : la profonde religiosité de Matisse, son émerveillement pour les végétaux et sa déception quand, une fois l’impression achevée, ses découpages ont perdus de leur relief et de leur force. Les découpages gagnent alors sur l’oeuvre finale et deviennent œuvres à part entière.

Henri Matisse. Océanie, le Ciel et la Mer. 1946

Plusieurs salles montrent le besoin de Matisse de s’entourer de ces créatures découpées (végétaux ou formes animales). C’est le cas d’Océania mais aussi de la villa le Rêve à Vence. Les découpages sont alors apposés par Matisse sur les murs de ces habitations, il peut les déplacer, les faire pivoter, les intervertir et même utiliser le vent pour les rendre plus dynamique. On a alors l’impression que ces découpages deviennent ses créatures, qui doivent l’accompagner dans son travail et sa vie d’artiste.

Prolongement logique de son travail sur les découpages, deux salles sont consacrées aux vitraux qu’il réalise pour une Chapelle à Vence et pour le bâtiment Time-Life à New York. A chaque fois, Matisse transforme son studio en ébauche géante, dessinant sur les murs, s’immergeant totalement dans sa future oeuvre.

Avec le temps, sa technique des découpages se perfectionne : avec Zulma, Matisse ajoute de la profondeur à ses découpages. Mais c’est avant tout avec ses nus bleus qu’il parvient par le découpage à faire coexister dessin et sculpture. Le premier de cette série est d’ailleurs impressionnant: Nu Bleu IV est en effet le seul de la série à être fait de pièces rajoutées et où l’on peut voir les modifications faites par Matisse. Le reste des nus bleus sont par contraste découpés comme dans un même mouvement à partir d’un papier peint en bleu.

L’exposition se termine par les plus grands découpages de Matisse: La perruche et la sirène, Les acrobates et La grande décoration avec masque.

Henri Matisse. L’Escargot. 1952

Avec L’Escargot, Matisse pousse la technique des découpages un peu plus loin, vers l’abstraction.

Une très belle exposition, qui m’a permis de découvrir cet artiste. Contrairement à l’exposition sur Véronèse, j’ai eu plus l’impression de comprendre les choix de cet artiste et son évolution. La salle consacrée à Jazz m’a le plus impressionnée, par sa richesse et par son enseignement sur les motivations de Matisse.