Congo d’Eric Vuillard

https://i2.wp.com/www.actes-sud.fr/sites/default/files/couv_jpg/9782330006198.jpgEst-il possible d’écrire l’histoire de la colonisation ? L’historien peut-il rendre compte, faire comprendre, faire vivre le passé ? C’est à cette question difficile que répond, par son existence même, le récit d’Eric Vuillard intitulé Congo.

L’histoire ne cherche pas à dire mais à expliquer, à faire comprendre. Ici, Vuillard fait vivre. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas non plus de l’histoire, c’est le passé qui nous interpelle via l’auteur. Il le fait dans un style qui rappelle beaucoup celui de Pierre Michon dans Les Onze, un style très littéraire, très puissant, très évocateur :

« On n’a peut-être jamais tant bombardé un endroit que celui-là. Les quelques centaines de mètres carrés au sol du vieux palais ont été chacun pilonnés par des tonnes de mortiers, jusqu’à ce que les bunkers cèdent, jusqu’à ce que les mètres cubes de béton crèvent et ne laissent que d’énormes ossements de dinosaures. » (p. 18).

Le chapitre consacré au libre-échange, moteur de cette colonisation qui a dépecé l’Afrique, est particulièrement juste et fort. Voilà dix pages d’une acuité bienvenue.

Avec ce court récit, donc, Vuillard transcende la fiction et la non-fiction pour nous proposer sa vision de l’histoire, interrogeant, bousculant, effaçant la majuscule entre Histoire et histoire, pour nous faire comprendre ce que signifie de vivre l’époque dans laquelle nous vivons, héritière d’un passé qui nous définit, nous façonne et que nous refaçonnons pour nous satisfaire.

Deux nuances, cependant : la première concerne, justement, le style. Lorsque je l’assimile à celui de Michon dans Les Onze, il faut reconnaître que le style de Vuillard, plus trivial, ne possède pas l’empathie pour ses personnages dont fait preuve Michon et, de fait, recèle une tendance surplombante à un jugement un peu facile, plus de 100 ans après.

La seconde tient dans la posture philosophique et historique de Vuillard. J’ai lu quelque part que Vuillard était rousseauiste. Effectivement, le rapport à la nature est une sorte de clé de compréhension, ou plutôt de symbolisme venant appuyer le récit : les Européens et notamment les membres de la conférence cultivent leurs roses, domestiquent la nature, ce qui montre leur volonté de puissance et de contrôle ; ils sont donc apeurés et fascinés par la nature africaine qu’ils veulent soumettre, à l’instar des hommes. Les Africains, eux, comprennent la nature, vivent en harmonie avec elle, un peu à la manière des bons sauvages de Montaigne. Or, malheureusement, cette vision vient contredire à mon avis la condamnation du colonialisme puisqu’elle confirme le fait que, d’une certaine manière, « l’homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

 

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