Three Dublin Plays de Sean O’Casey

Les « Three Dublin Plays » sont le tryptique formé par The Shadow of a Gunman, Juno and the Paycock et The Plough and the Stars, toutes trois ayant pour sujet la Révolution irlandaise (1913-1923).

The Shadow of a Gunman : Donal Davoren est un écrivain qui partage avec Seumus Shields un logement dans un immeuble pauvre de Dublin. Confondu par les habitants du quartier avec un volontaire de l’IRA, Donal s’amuse parfois de la confusion, notamment quand il s’agit d’attirer sur lui les bonnes grâces de Minnie Powell. Mais en pleine guerre d’Indépendance (mai 1920), cette confusion d’abord drôlatique va prendre des accents tragiques.

Juno and the Paycock : en 1922 (au commencement de la guerre civile), la famille Boyle vit dans un immeuble pauvre (les tenements) de Dublin. Le père, Jack, ne travaille pas à cause de douleurs supposées dans les jambes et dépensel’argent du ménage au pub. Sa femme Juno est la seule à travailler, sa fille Marie est impliquée dans un mouvement de grève, son fils Johnny est inapte suite à l’amputation d’un bras après la guerre d’Indépendance. Charles Bentham informe la famille que suite au décès d’un de leur proche, ils vont hériter d’une large somme d’argent. Avant même de recevoir effectivement cette somme, la famille commence à dépenser sans compter…

The Plough and the Stars : novembre 1915 dans un immeuble pauvre de Dublin. Le capitaine Brennan se présent au domicile des Clitheroe pour requérir la présence de Jack, qui vient d’être promu commandant dans l’Irish Citizen Army de Connoly. Nora, sa femme, le supplie de ne pas rejoindre cette armée, en vain. Quelques mois plus tard, elle parcourra comme une folle les rues de Dublin pour retrouver son mari alors engagé dans l’insurrection de Pâques. 

Les trois pièces de théâtre se ressemblent énormément : le cadre est presque toujours le même, un immeuble pauvre de Dublin ; les personnages sont presque tous issus des classes populaires, ce sont pour certains des républicains, les jeunes notamment, les plus âgés sont souvent ou attristés par les conflits en cours (que ce soit la guerre d’Indépendance, la Guerre civile ou l’Insurrection de Pâques), ou terrorisés à l’idée de tomber sous les balles républicaines ; l’action se déroule sur quelques actes, et même si parfois il y a des ellipses temporelles (de quelques mois entre certains actes), elle se ressert autour d’une intrigue unique (Donal qui doit se débarrasser d’un dangereux paquet, la famille Boyle qui attend son argent et Nora qui cherche son mari).

Les dialogues enfin retranscrivent le parlé populaire, ce qui rend parfois la lecture difficile pour un lecteur non anglophone. Il faut se forcer à lire les dialogues oralement, seule la phonétique permettant de reconnaître les paroles échangées. Quelques exemples parmi tant d’autres :

Mrs Boyle : It ud be easier to dhrive you out o’ the house than to dhrive you into a job. Here, sit down an’take your breakfast – it may the last you’ll get, for I don’t know where the next is goin’to come from. (Juno and the Paycock, Act I).

Joxer: ah, I thought there was somethin’ curious about the whole thing; I’ve bin havin’ sthrange dhreams for the last couple o’ weeks. An’ I notice that that Bentham fella doesn’t be comin’ here now – there must be somethin’ on the mat there too. Anyhow, who, in the name o’ God, ud leave anythin’ to that oul’ bummer ? Sure it ud be unatural. An’ the way Juno an’ him’s been throwin’ their weight about the last few months! Ah, him that goes a borrowin’ goes a sorrowin’! (Juno and the Paycock, Act III)

O’Casey décrit un environnement cloisonné sur lui-même (l’action se déroule toujours à l’intérieur d’un appartement, l’extérieur étant le hors-champ, le lieu des événements importants qui vont venir bouleverser la vie des habitants), encombré d’individus qui se regardent perpétuellement, commentent leurs moindres gestes et vivent tellement dans le regard et l’appréhension des autres qu’ils sont comme en perpétuelle représentation.

La peur, l’anxiété sont des sentiments que partagent les habitants de ces quartiers : peur du manque d’argent, peur des autres, peur des mots. Nombreux personnages de la trilogie de Dublin se plaignent de l’état des choses en Irlande, mais craignent d’agir. Le quotidien aussi pauvre soit-il est plus sécurisant qu’un avenir brouillé par d’importants conflits. La violence est bien évidemment omniprésente, dans les dialogues, dans les gestes, dans la suspicion permanente entre voisins.

L’héroïsme est fortement critiqué par l’auteur : le héros a peur ou est un être inconscient des conséquences de ses actes. Il perçoit tardivement la violence qu’il génère et peine à réconcilier son idéal avec les réalités parfois sordides du terrain. Les victimes sont souvent des femmes (Minnie Powell dans la première pièce, Bessie Burgess dans la troisième) : elles sont celles qui tiennent le foyer, celles qui craignent pour leurs proches, celles qu’on n’écoutent pas.

Face à la théâtralisation des actes héroïque liés à la marche vers l’indépendance de l’Irlande, O’Casey propose un théâtre ancré dans le réel (la présentation des décors est éclairante), peuplé d’individus du commun (aucun personnage historique n’est convié dans les pièces, hormis peut-être Pearce dont le discours est entendu par les protagonistes mais ce discours est prononcé hors-champ dans la rue),  jouant un rôle, bien vite rattrapé par un quotidien sordide.

 

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