La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) de Tomas Alfredson

Début des années 70. L’agence des services secrets britanniques est sous le contrôle de six agents, communément connus sous le nom de Circus. Control (John Hurt), l’un de ses agents, soupçonne que le Circus a été infiltré par une taupe et que l’un de ses membres agit pour le compte de la Russie. Il envoie à Budapest Jim Prideaux (Mark Strong) pour rencontrer un homme qui lui révélera le nom de cette taupe. L’opération est un échec, Jim est tué sans avoir eu la précieuse information. Suite à cette malencontreuse affaire, Control est écarté de l’agence, il part en prenant avec lui un autre membre du Circus, Smiley (Gary Oldman). Après la mort de Control, Smiley est contacté par un proche du gouvernement qui lui aussi a eu l’information selon quoi une taupe serait infiltrée dans l’Agence (l’information émane d’un certain Ricki Tarr, qui était en opération à l’Est et qui depuis n’est plus réapparu à Londres). Il demande à Smiley de reprendre l’enquête, avec l’aide de Peter Guillam (Benedict Cumberbatch).

Pendant ce temps, deux autres agents du Circus — Percy Alleline (Toby Jones) et Bill Haydon (Colin Firth) — ont repris la main sur l’Agence. Ils prétendent avoir une taupe en Russie qui leur donne des informations en or sur les services secrets russes. Leur opération, appelée Witchcraft, obtient l’aval du gouvernement (ainsi qu’un supplément de ressources). Grisés par ce que leur apporte Witchcraft, les deux agents demande l’autorisation de contacter les services secrets américains pour organiser avec eux un échange : les informations de Witchcraft contre l’accès aux renseignements américains.

Un digne film d’espionnage. Même si la narration peut paraître un peu confuse, il suffit de suivre et de bien suivre pour remettre rapidement de l’ordre dans les gesticulations de Percy et de Bill et dans les froids mouvements de Smiley. L’intrigue est vraiment filmé à l’ancienne : pas d’effets de manche, pas d’explosions ou de tuerie toutes les minutes, mais du bon renseignement en bonne et due forme. On retrouve la lenteur caractéristique des films d’espionnage et cela fait plaisir. Les acteurs sont tous bons, avec une mention spéciale à Gary Oldman qui campe là un personnage plutôt terne et dépassé mais qui va finalement se révéler un enquêteur hors-pair. On pourrait attendre un twist final, mais cela n’est pas le propos du film. Adapté d’un livre de John Le Carré, lui-même inspiré d’une histoire vraie, le film se conclut logiquement (presque trop logiquement pour certains visiblement) par l’arrestation de la taupe. Alors certes à l’image de son personnage principal, le film peut sembler terne et un peu vieillot. Mais il est plus proche de ce qu’est le renseignement qu’un Jason Bourne qui court partout. Un bon film comme on en voit plus malheureusement.

— LN

Je n’avais pas réalisé (ah, ah) que Tomas Alfredson était le réalisateur de Morse. On retrouve dans ce film son approche froide de la réalité alors qu’il aborde ici un tout autre type de film, le film d’espionnage qui est le film de genre par excellence, même s’il semble avoir une prédilection pour cette période des années 70. Pour avoir écouté les critiques du Cercle en parler, je suis étonné de voir que ces derniers convoquent James Bond et Bourne pour les comparer avec Tinker, Tailor, Soldier, Spy. Ce serait comme comparer Le Nom de la rose et… par exemple, Les Trois mousquetaires en prétextant qu’ils sont tous deux des films historiques. Evidemment, ils n’ont rien à voir : les franchises Bond et Bourne sont des films d’action ; ici c’est un film d’atmosphère.

Or, cette atmosphère, Alfredson la met en place avec brio. L’une des meilleures scènes du film nous montre Benedict Cumberbatch (en blond) se rendant aux archives pour y subtiliser un document. Le montage alterné est vertigineux. Un truc formidable : la chanson qui passe en arrière-fond musical dans un lieu se retrouve, au final, par écoutes interposées, fredonnée par quelqu’un devant ce même Cumberbatch qui sait alors qu’il était effectivement sous écoute et que son plan a fonctionné, et le spectateur avec lui. L’utilisation de ce pont sonore est brillante.

L’intrigue m’a perdu à plusieurs reprises, mais le film distille une telle ambiance de paranoïa et de faux-semblants que cela ne m’a gêné outre mesure : j’avais envie de continuer, d’en savoir plus, de comprendre, de rester dans cet univers si particulier des services secrets britanniques du début des années 1970. Le film m’a donné envie de lire le roman de Le Carré à partir duquel il a été adapté, et même, j’ai déjà envie de le revoir, pour mieux comprendre sa mécanique. Et aussi pour ré-entendre Julio Iglesias chanter « La Mer ».

— Mathieu

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