BlacKkKlansman de Spike Lee

Ron Stallmorth (John David Washington) est devenu le premier Afro-Américain à entrer dans les rangs de la police de Colorado Springs. Relégué au service des archives, il ronge son frein devant l’inutilité de sa tâche et les insultes quotidiennes de ses collègues blancs. Son supérieur ayant besoin d’un agent pour infiltrer le milieu étudiant proche des Black Panthers, Ron est envoyé enfin sur le terrain pour évaluer leur dangerosité. Par la suite, en lisant une annonce dans un journal local, il approche le responsable d’une unité locale du Ku Klux Klan. Il propose alors à son supérieur de poursuivre la mission, lui au téléphone et son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver) sur le terrain pour infiltrer le clan, identifier ses membres et évaluer leur nocivité.

Présenté comme une comédie particulièrement drôle sur fond de propos politique sur la situation actuelle aux Etats-Unis, le film de Spike Lee déçoit par son manque de finesse, par ses propos parfois douteux et par une mise en scène et une direction d’acteurs relativement médiocres.

Sur la situation actuelle des Etats-Unis, Spike Lee multiplie les références tellement appuyées à Trump (en détournant à peine ses slogans de campagne comme « America First » ou « Make America Great Again ») que cela finit par devenir lourdingue, d’autant que le problème ne se pose pas que depuis Trump. Les références aux films de Victor Fleming (Gone with the Wind) et de D. W. Griffith (The Birth of a Nation) sont convenues tant ces deux films ont été de nombreuses fois vilipendés pour leurs propos racistes (sans jamais se poser d’ailleurs la question de pourquoi ils sont malgré tout considérés comme des chefs d’oeuvre). Spike Lee ne prend pas un gros risque en s’attaquant à ces deux films, alors que tant d’autres plus récents posent problèmes comme La La Land ou La Couleur des sentiments, pour ne citer que les plus récents et les plus oscarisés.

Le réalisateur est même maladroit quand, en voulant faire le lien entre son film et les récents événements à Charlotteville, il multiplie les plans sur la voiture fonçant sur les manifestants. Heureusement qu’aucune vidéo n’a été faite autour du corps de la victime, sinon il y a fort à parier que Spike Lee aurait résisté à la tentation voyeuriste de l’utiliser. Toute cette séquence est inutile et plutôt malsaine.

Enfin, j’ai trouvé le film peu drôle, assez ennuyant et pour tout dire certaines scènes m’ont semblé très infantiles. Je pense notamment à celle à la fin du film où Ron Stallworth est au téléphone avec le chef du Ku Klux Klan et que ces coéquipiers rigolent pendant qu’il lui parle. La scène est plutôt grotesque, vaguement gênante pour les acteurs qui ressemblent alors à des adolescents attardés.

Certains effets de montage sont étonnants comme lorsqu’il monte en regard le récit du lynchage et celui de l’incorporation des nouvelles recrues dans le clan. On a vu plus subtil. Même chose avec les visages en gros plan d’hommes et de femmes de couleur avec en fond un discours pas toujours très heureux sur la beauté noire. Où est le propos social et politique dans cette scène ? A cet égard, les scènes de dialogue et de légère dispute (parce que des vraies engueulades sur de l’idéologie, il faudrait pas faire fuir le spectateur qui vient se faire brosser à reluire sa bonne conscience) entre le héros et sa copine militante du Black Power sont affligeantes. Quant à la séquence finale où le flic blanc se fait arrêter par des collègues pour des propos racistes, on y croit juste pas. La scène est très déplaisante tant elle est impossible, idiote dans le contexte actuel et incompréhensible de la part de Spike Lee.

Le plus dérangeant dans tout cela est le fait que Spike Lee réécrit l’histoire de cet agent infiltré… non pas chez le KKK mais parmi les milieux d’activistes afro-américains. Cet agent, selon plusieurs articles (notamment de Boots Riley), n’a jamais empêché un attentat du KKK ni fait arrêter un flic blanc. Par contre, il a espionné pour le compte de la police les organisations se réclamant du Black Power.

Cette vision de l’histoire du mouvement black power, par le biais du whitewashing du rôle d’un flic noir, est au mieux devenue inoffensive et agréable pour un public blanc, au pire nocive car elle confirme la bonne conscience de certains qui se drapent dans l’ani-trumpisme pour mieux se dire que eux combattaient le racisme. C’est soit complètement idiot, soit complètement malhonnête de la part de Spike Lee. En tout cas cela montre une chose : Hollywood peut s’acheter à peu de frais un réalisateur aussi radical que Spike Lee pour surfer sur la vague de l’anti-trumpisme facile sans jamais se remettre en cause et au contraire pour se racheter une virginité. Affligeant.

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