Radium Girls de Cy

Elles furent surnommées les Radium Girls car leur utilisation d’une peinture contenant du radium pour embellir les montres produites par l’entreprise USRC les faisaient briller dans le noir. Elles aimaient beaucoup leur travail puisqu’il leur procurait les joies de l’indépendance à une époque où les femmes n’avaient pas encore le droit de vote. Mais ce geste anodin « Lip, Dip, Paint » (‘lisse le pinceau, prend de la peinture et peint) va les condamner à une mort certaine, l’entreprise le comprend rapidement mais préfère se taire en espérant que ces femmes disparaitront suffisamment tôt pour ne pas occasionner trop de tracas juridiques.

Le choix de Cy, auteure de cette bande dessinée, est d’insister sur la jeunesse et l’insouciance de ces femmes à une époque où tout semble possible pour elles et où les conséquences de l’utilisation du radium sont à peine connues hors des milieux scientifiques. Le ton est donc résolument plaisant et enjouée, il transparait dans les dialogues entre ces femmes ainsi que dans le choix des couleurs et du dessin. Cy utilise donc la technique du pastel et un choix de couleur restreint au vert pâle et au rose.

Ce choix est pertinent pour suivre ce temps de l’insouciance de ces femmes au début de leur prise de fonction, quand elles commencent à travailler, à percevoir leur premier salaire et à profiter de leur indépendance financière.

Par contre, lorsque les premières signes de la maladie se manifestent (notamment par des maux de dents), on pourrait s’attendre à ce que le pastel laisse la place à un dessin plus abrupt et que les couleurs vert-rose disparaissent dans des tonalités de brun ou de noir. Les dessins pleine page pour représenter les disparues sont très belles, l’idée de leur consacrer une pleine page au moment de la disparition est juste, mais elle ne suffit pas à rendre compte de l’horreur que vont vivre ou que vivent ces femmes.

En refermant l’album, on garde une impression mitigée, comme si la narration ne nous avait pas bien permis de prendre toute la mesure de cette tragédie. Encore une fois, le début de l’album est très bien pour nous permettre de plonger dans cette époque insouciante des effets du radium. Il manque un basculement vers notre époque, consciente des dangers de cet élément et surtout inquiète de ce qu’elle ignore. Un regard croisé qui aurait bénéfique à l’album en lui donnant une dimension plus dramatique et une résonance actuelle.

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