The Dark de John McGahern

Un jeune homme vivant avec son père, son frère et sa sœur dans la campagne irlandaise envisage de devenir prêtre. Son père l’encourage dans cette voie, car il espère ainsi bénéficier de l’opulente richesse dans laquelle vivent les prêtres en Irlande ; le prêtre de la paroisse l’encourage également, persuadé qu’avec son intelligence et son caractère il fera un excellent serviteur de Dieu.

Mais plusieurs éléments détournent le jeune homme de cette voie tout tracée. Sa détestation de ce père violent, mesquin et instable. Sa conscience d’avoir d’autres choix possibles comme l’université puisqu’il excelle à l’école et que ses résultats lui permettent d’envisager une bourse. Son sentiment de ne pas être à la hauteur de cette tâche divine et surtout sa culpabilité de jeune homme qui découvre depuis peu les plaisirs de la sexualité.

Hésitant, le jeune homme poursuit avec désarroi ses études. Écrasé par les attentes des personnes qui l’entourent, il doit seul prendre cette décision déterminante pour son avenir — la prêtrise ou l’université — alors qu’il n’a de cesse de douter de tout, de lui, de son père, des hommes en général et de l’avenir.

Ce roman de John McGahern, son deuxième, a été interdit au moment de sa publication en Irlande en 1965. Et pour cause. Dans ce roman, il parle frontalement de la question de la sexualité chez les prêtres et il le fait par le prisme d’un jeune homme qui découvre les plaisirs sexuels, porte en lui le poids de la culpabilité inculquée par l’Église mais a suffisamment d’intelligence à la fois pour interroger ce dogme et questionner par honnêteté les prêtres sur ce sujet.

Le tableau qu’il dépeint de l’Irlande catholique est sans appel : le roman donne à voir un pays où les femmes sont exclues (la mère du narrateur est morte depuis des années) ou à la marge (comme la sœur du narrateur, à la merci de son père, puis de son employeur et ne devant son salut qu’à son frère), un pays d’hommes violents psychologiquement et physiquement (la question des abus sexuels des prêtres et des pères est partout présente dans le sous-bassement du roman), un pays où la prêtrise est une voie enviée pour l’opulence et le statut qu’elle procure (et non pour sa proximité avec Dieu), un pays finalement d’hommes mesquins, médiocres intellectuellement et qui forment que ce soit par la prêtrise ou à l’université une élite étriquée, congénitale et brutale dans sa domination.

Le roman s’ouvre sur une scène de châtiment (du père sur le fils), au fil de la lecture la tension est constante puisque toutes les relations humaines décrites se passent dans des lieux clos, dont on s’échappe difficilement ou dans des relations de dépendance qui font que leurs violences ne peuvent qu’être subies en attendant l’éventuel exil, représenté par l’Angleterre. La relation entre le père et le fils (et dans une moindre mesure entre le fils et le prêtre) est toxique : il est toujours question de domination et l’apparente quiétude qui s’installe entre les deux êtres vient du fait qu’à un moment la domination est inversée et le dominant devient servile. Seule lueur éventuelle dans ce roman étouffant : le récit oscille entre la troisième personne et la deuxième. La présence de cette deuxième personne offre des moments de respiration où le narrateur devient quelqu’un à qui le narrateur s’adresse, depuis un extérieur tant désiré. Il apparait alors que le « il » est sorti de cet enfermement pour devenir ce « tu » auquel s’adresse l’auteur.

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