The Imaginarium of Doctor Parnassus de Terry Gilliam

Avec Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law, Collin Farrel Tom Waits… et la jolie Lily Cole au visage de porcelaine.

Dans le Londres du nouveau millénaire, l’immense charrette ambulante du Docteur Parnassus, tirée par ses chevaux, amène l’imaginarium du fabuleux docteur à la sortie des boites de nuit, sur les parkings des magasins de bricolage, partout dans les marges de notre société ultra-moderne, dans les endroits déglingués, les lieux abandonnés, glauques ou oubliés… proposant à tous une expérience extraordinaire: pénétrer dans leur propre imagination en passant de l’autre côté du miroir.

Car, voyez-vous, ainsi que Parnassus le raconte à sa fille Valentina (Lily Cole), le fabuleux docteur est immortel et doté du pouvoir de vous faire pénétrer dans votre propre imagination, dans un monde où vos rêves (mais aussi vos peurs, vos désirs les plus secrets) deviennent réalité. Ce pouvoir, ainsi que son immortalité, il les tient d’un pacte passé avec le Diable (Tom Waits, excellent en méchant d’opéra). Mais tout pacte passé avec le Diable a un prix, et ce prix n’est autre que sa fille, lorsqu’elle aura atteint ses 16 ans…

Or, dans deux jours, Valentina va fêter ses 16 ans. Aussi lorsque le Diable réapparaît, en avance, et propose à Parnassus un nouveau pari, ce dernier ne peut refuser, espérant racheter sa fille. Le premier, donc, qui obtiendra cinq âmes aura gagné.

C’est cet enjeu que vient perturber l’arrivée forcément inopinée d’un bel inconnu (Heath Ledger) que Valentina va « sauver » de la pendaison et qui va rejoindre le spectacle ambulant de Parnassus…

Terry Gilliam retrouve dans ce film les qualités mais aussi les défauts qui rendent ces films toujours aussi enchanteurs et toujours aussi frustrants. Néanmoins, les qualités (thématiques, inventivité visuelle) priment sur les défauts (scénario emberlificoté et parfois brouillon, pistes abandonnées sans avoir été exploitées), même si, au sortir de la projection, je me disais: « vivement le prochain, qu’il réussisse enfin à nous livrer son chef d’oeuvre. »

Alors, comment expliquer cet enthousiasme mêlé de sentiment d’inachevé?

Comme d’habitude, Gilliam n’a pas son pareil question inventions visuelles. Partir de l’idée que quelqu’un est capable de manifester l’imagination, les rêves, les peurs des gens et de le mettre en images est pour le moins casse-gueule. Or, Gilliam fourmille d’idées et de trouvailles cinématographiques pour mettre le fabuleux en images foisonnantes. On voit clairement que son budget n’était pas illimité, mais, et c’est là toute la force de Gilliam, il utilise ce peu de moyens comme une force: il redouble d’inventivité, joue sur le côté « cheap » des effets spéciaux pour en souligner la poésie. Rien que pour cela, c’est merveilleux, littéralement. De la même manière, Gilliam est parvenu à dépasser la mort de Heath Ledger et utilise Johnny Depp, Jude Law et Collin Farrell avec beaucoup d’habileté en jouant sur le passage entre la réalité et le monde imaginaire: si Heath Ledger interprète Tony dans le monde « réel, » dès qu’il franchit lui-même le miroir et pénètre dans l’imaginarium, il a les traits, d’abord de Johnny Depp, puis de Jude Law et, enfin, de Collin Farrell qui est un excellent choix à la fin pour le visage de l’escroc qu’est en fin de compte Tony.  Ce n’est seulement qu’à la toute fin que se pose la question de l’échec de la réécriture du scénario: en effet, il manque la transcription, le reflet de la mort de Tony dans notre monde. Le film y aurait gagné en cohérence.

D’autre part, les thématiques chères à Gilliam (et à votre humble critique) sont toujours aussi prenantes. Qu’est-ce que l’imagination? Que sont les rêves? Quelle frontière existe-t-il entre l’imaginaire et la réalité? Comme souvent avec lui, des scènes illustrent ces thèmes. Valentina et son acolyte Anton chantent une chanson sur les pizza sur le toit de la charrette qui semble naviguer entre les canyons que sont les rues bordées de tours et d’immeubles de bureaux de Londres. Parnassus, à la fin du film, qui croit avoir perdu sa fille, passe des années à errer dans le monde imaginaire à sa recherche pour finalement s’écrouler à genoux de désespoir, sanglotant. Zoom arrière: on découvre toujours Parnassus à genoux; ses vêtements ne sont plus ceux d’un aventurier de l’imaginaire mais d’un clochard, il n’est plus sur les pavés d’une ancienne voie romaine (comme dans Le Magicien d’Oz) mais sur un trottoir londonien. Et on se dit qu’il n’a pas passé cinq ans dans le monde de l’imaginaire mais à errer dans les rues de Londres… De ce point de vue, « The Imaginarium… » est, à mon sens, très proche de « The Fisher King » qui reste l’un des meilleurs films de Gilliam, tout entier dédié à cette frontière entre le réel et l’imaginaire.

Contrairement à ce que disent certains critiques, Gilliam ne fait pas du cliché mais sait utiliser les schémas d’ordre quasi-mythiques (ou en tout cas les stéréotypes) pour les explorer et mieux leur (re)donner du sens: le nain dans le monde des forains, le Diable, la jeune fille pure, l’acolyte ignoré mais amoureux de la jeune fille, le héros trop beau… C’est même réjouissant de voir comment il va se débrouiller de tous ces motifs narratifs dans son histoire.

Par contre, et là aussi comme d’habitude, Gilliam ne sait pas où il veut aller. Son film le plus abouti, le plus construit est « L’Armée des douze singes » (parce que le studio le surveillait?) en ce sens où l’histoire parvient à faire une boucle ou au moins une spirale qui donne sens à l’ensemble. Là, il part dans tous les sens. Il lance des pistes qu’il abandonne (l’histoire qui doit être racontée pour que l’univers continue d’exister, le Diable en agent de la rationalité, l’existence dans les marges…), nous laissant avec le sentiment qu’il ne savait pas lui-même où il allait.

D’ailleurs, l’histoire est trop chaotique, le rythme trop variable entre un long début qui est une suite de scènes d’exposition avant que le nouveau pari vienne lancer le récit. Récit qui retombe au milieu du film pour rebondir aux trois-quart lorsque tous les protagonistes se dévoilent dans une série de scènes burlesques. L’épilogue est, par contre, emprunt d’une certaine beauté triste qui, même si elle n’est pas totalement cohérente, vous laisse sortir de la salle en vous disant: « c’était envoûtant. »

Heureusement qu’il existe des Terry Gilliam.

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