Wall Street – Money Never Sleeps d’Oliver Stone

https://i0.wp.com/media.zoom-cinema.fr/photos/news/2323/affiche-wall-street-2.jpgOliver Stone est en panne d’inspiration depuis quelques temps. Il trouve ses idées en la personne de Bush ou dans les attentats du 11 Septembre. Du coup, avec la crise financière de 2008, il s’est dit qu’il y avait là matière à faire une suite à son film de 1987.

 Donc, nous sommes en 2001, vingt ans après et Gordon Gekko (Michael Douglas) sort de prison où il a passé huit ans. Mais en fait, non, attendez, la scène suivante, nous voilà en 2008 et nous rencontrons Winnie Gekko (Carey Mulligan), la fille de Gordon, et son boyfriend, Jacob (Shia LaBeouf) qui forment un couple punchy, dynamique et friqué avec un loft dans Manhattan. 

  Oliver Stone veut donc tricoter une histoire de couple et leur relation difficile avec le père de Winnie avec les affres de la vie financière de Wall Street. Il pontifie alors un discours anti-traders, anti-finance et anti-consommation tout en nous présentant un couple modèle qui a un loft en plein Manhattan (l’ai-je déjà dit ? au temps pour moi…), avec un Shia La Be-Ouf qui fait de la moto tout en téléphonant à son contact, le tout en split screen du tonnerre mécanique de Dieu qui faisait super hype il y a dix ans, lors de la première saison de 24.

  S’ensuivent des plans aériens ou des traveling filmés à la grue qui surplombent la ligne des gratte-ciels de New York parce que filmer les villes de haut, depuis les séries de Jerry Bruckenheimer (Without A Trace et autres NCIS) on sait que ça fait joli et ça permet de gagner du temps. Et puis plaquer une voix-off de Shia trop ouf de la vie, ça fait sérieux et ça donne une perspective morale à l’ensemble, vous comprenez ? Non, moi non plus, c’est pas grave.

 Oliver Stone livre un film boursouflé de sa propre suffisance qui distille un message tellement vain et creux que c’en est affligeant pour celui qui regarde. Les personnages sont des clichés ambulants dont la crédibilité est égale à celle de Shia LaBeouf convaincant des Chinois en leur racontant du vent et de l’esbrouffe sur la production d’énergie marine ou en faisant croire qu’il est le seul à croire en la fusion, que l’écologie c’est bien, surtout quand on fait de la moto dans la forêt après un voyage en hélicoptère  et quand on travaille à Wall Street on a des atermoiements sur le fait que 15 000 personnes risquent de se retrouver au chômage et puis on fait la morale à sa mère qui est devenue agent immobilière alors qu’elle était infirmière. En ce qui concerne Gordon Gekko (Douglas), il est méchant, mais en fait il a des remords; il escroque sa propre fille d’un million de dollars, mais après il cherche à renouer parce qu’il est grand-papa. Sa fille, il s’en fout, mais vous comprenez, avoir un petit-fils, ça vous change un homme. Carey Mulligan au milieu de tout cela est toujours aussi craquante ; elle essaie de bien jouer les scènes où on lui demande de pleurer (la moitié du temps). En même temps, elle est un peu conne aussi, car si elle professe à qui veut l’entendre qu’elle ne veut plus entendre parler de son père et que ce qu’il incarne la débecte, elle vit avec un trader de Wall Street (oui mais écolo, attention) et le quitte puis se remet avec lui selon ce qu’en dit papounet détesté.

« Attention ! Coursier ! »

 Quant à la réalisation, on savait qu’Oliver Stone n’était pas subtil, mais le pas subtil peut parfois marcher (Platoon a quelques mérites malgré ce même défaut), mais là il démontre en plus qu’il est creux. Il nous livre donc un discours anti-globalisation financière, nous fait des gros plans sur les bijoux des femmes qui fréquentent les traders, filme New York et Londres en montrant que la ligne paysagère des gratte-ciels ou du pont de Londres trace les variations des cours du marché. Mirez donc pauvres fous la vacuité de votre rapacité ! Tremblez devant les tours babyloniennes et blasphématoires érigées à la gloire de votre seule auto-satisfaction ! Certes, certes. Mais jamais Stone ne cherche à dire quelque chose. Le capitalisme, visiblement, c’est maaaaaal, d’ailleurs Gordon le dit dans une conférence qui est le modèle même de l’esbroufe (et qui visiblement séduit Jacob), mais en même temps, c’est tellement chouette ! Ouais ! Wiiiiiizzzzz !

  Et, atterré par la banalité et surtout le vide du message du film, révulsé par la réalisation lourde et vulgaire, tape-à-l’œil, le spectateur, qui déjà s’ennuie ferme au bout d’une demi-heure (première demi-heure d’ailleurs pendant laquelle rien ne se passe si ce n’est des scènes d’exposition qui enflent les unes à la suite des autres dans une surenchère de je-t’en-mets-plein-la-vue), se désole ensuite pendant l’heure et demie qui lui reste à supporter les élucubrations d’un scénario aussi crédible que les personnages (voir plus haut pour les personnages) : ainsi Shia arrive par deux fois à manipuler le marché en lançant des rumeurs, fait tomber un ponte de Wall Street (Josh Brolin) en faisant paraître un article de blog qui révèle qu’il est méchant et que parce qu’il est méchant, il a rendu tout malheureux Frank Langella qui s’est suicidé. Bouh ! Vilain ! Et hop : les actions de son groupe tombent! Et il se retrouve tout seul dans son bureau et du coup il casse son super tableau de Goya de rage. Ah-ah, bien fait pour lui ! Merci gentil Shia. Bref, le film ne sait pas où il va : il prétend nous montrer la cupidité qui règne sur les places financières, mais il ne fait qu’accumuler des clichés et des scènes bien-pensantes totalement à côté de la plaque. Mais bon, tout est bien qui finit bien car, donc, la petite famille finit par se réconcilier (c’est les Bettancourt avant l’heure c’te histoire) et maman Shia redevient infirmière. C’est trop cool d’être pauvre : au moins, tu as ta conscience chrétienne avec toi. Merci Oliver pour ce message. Viens donc dire ça à notre gouvernement qui n’aime pas beaucoup les infirmières, les profs et autres fonctionnaires au nom, tiens donc, d’une certaine conception de l’économie.

  J’avais un souvenir plutôt agréable du premier Wall Street. Oui, mais voilà : c’était en 1987. Depuis, le monde a changé. Oliver Stone n’a rien compris aux changements et applique des recettes d’il y a 20 ans pour décrire une réalité justement extrêmement changeante. On n’apprend rien, on n’en tire rien malgré le choix de ce sujet passionnant au regard de l’actualité et on se fait chier parce qu’en plus le film est tout bêtement mauvais en tant que divertissement vu que son scénario est insipide.

  Si on compare ce film avec The Social Network qui nous livre une vision de notre monde actuel (dans un autre domaine), on s’aperçoit de la différence. Et si j’étais Oliver Stone et que je faisais cette comparaison, je poserais ma caméra et je me mettrais au tricot, ou à la philatélie, mais j’arrêterais le cinéma.

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