Under the Skin de Jonathan Glazer

Dès le début du film, on est prévenu : il s’ouvre sur des plans de l’Univers, de ses astres, cercles parfaits qui finissent par disparaître dans un œil humain. En fond sonore, une voix féminine qui ânonnent des sons et des mots en anglais, comme si elle tentait d’assimiler cette langue en répétant certains mots et certaines voyelles. Ce film s’annonce comme la suite de 2001.

La femme apparaît enfin à l’écran alors qu’elle s’habille en prenant les vêtements d’une morte. Un motard l’accompagne, mais il la laisse très vite seule à conduire un camion dans les rues de Glasgow. De jour comme de nuit, elle aborde des passants pour, dans un premier temps, discuter avec eux en leur demandant son chemin. Puis elle parvient à les convaincre de monter dans son camion. S’ensuit des scènes de flirts plutôt bienveillantes, mais qui se terminent toujours par le même protocole : les hommes suivent la jeune femme « chez elle » dans un espace entièrement noir où le sol est une surface noire réfléchissante, se déshabillent comme elle en la suivant, puis disparaissent en s’enfonçant dans le sol devenu liquide.

La femme reprend alors son chemin dans les rues. Elle observe les passants et cherche à rencontrer d’autres hommes…

Film surprenant qui détonne dans le paysage cinématographique actuel. La narration est extrêmement lente, puisqu’elle suit les déambulations de cette femme extraterrestre à la découverte du monde humain et du corps humain. Le spectateur ne quitte pratiquement pas cette femme qui semble ne pas comprendre ce qui se joue autour d’elle, alors qu’elle répète sans cesse le même protocole pour attirer des hommes chez elle. Plusieurs scènes sont absolument hallucinantes, comme celle sur la plage, d’une cruauté et d’une logique implacables et qui laisse le spectateur sans voix. D’ailleurs le film joue la carte de l’expérience visuelle : peu de dialogues (et souvent des dialogues à peine audibles et superficiels) mais beaucoup de magnifiques plans sur le monde humain, ses paysages terrestres et sur le corps. Le regard de l’extraterreste fait que le spectateur porte un regard neuf sur les humains qui déambulent dans les rues, qui mangent, qui s’adonnent à des activités incompréhensibles et le tout apparaît comme une sorte de vaste agitation totalement dénuée de sens.

La fin du film est tragique. Se découvrant en miroir face à un monstre, cette « femme » tente alors d’échapper à sa nature (?) en s’enfuyant dans une Ecosse aux paysages de beauté époustouflante filmée avec brio. Malgré son comportement envers les humains et son absence d’émotion envers eux (et même envers elle), le spectateur entretient avec cette femme une empathie qui fait qu’au moment de la voir enfin nue dans sa forme extraterrestre, elle n’a jamais été aussi humaine.

Une vraie découverte. Alors Under the Skin est-il à la hauteur de son illustre référence ? Non, sans doute pas, malgré une réalisation souvent réussie, mais manque le vertige métaphysique de 2001 pour privilégier, à l’inverse, la recherche de l’humanité.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s