Filmer la guerre : les Soviétiques face à la Shoah au Mémorial de la Shoah

Exposition présentée au Mémorial de la Shoah jusqu’au 27 septembre 2015. En introduction de l’exposition, avant d’entrer concrètement dans les salles et dans le déroulé de l’exposition, le visiteur peut consulter une carte qui présente de manière succincte et méthodique l’emplacement des camps, des ghettos et des massacres avec en regard la date à laquelle ces lieux ont été découverts par les Russes et la date où ces derniers ont pris des photos et/ou des vidéos.

L’objectif de l’exposition est triple : expliquer dans un premier temps qui prend des images et dans quelles conditions. Les opérateurs sont envoyés par le pouvoir soviétique et intégrés dans l’armée dont ils suivent la progression. Ils doivent suivre un cahier des charges et n’ont aucun poids sur le traitement de leurs images (recadrage, coupe, montage).

Analyser le statut des images tournées et les classer en trois types : celles prises sur le moment, proche du témoin et du lieu du massacre, celles reconstituées après coup mais avec de vrais témoins et dans des conditions proches de l’évènement, celles enfin complètement mises en scène (et souvent écartées lors du montage finale). Analyser également la place de ces images dans les montages finaux et les choix opérés par les service soviétiques à partir de la matière brute.

Détailler l’objectif des autorités russes qui était lui aussi triple. Les Russes  voulaient utiliser ces images pour mobiliser leur opinion et leurs soldats dans la guerre. Ils souhaitaient également informer l’opinion internationale sur les crimes nazis. Enfin, ils avaient déjà pour objectif d’accumuler des preuves en prévision des procès (cf. la Commission extraordinaire d’État chargée de l’instruction et de l’établissement des crimes des envahisseurs germano-fascistes). Nombreux documents visuels seront utilisés lors des procès d’après-guerre.

Les opérateurs russes parviennent à filmer l’ensemble des modes opérateurs de la Shoah : asphyxie au gaz dans les camions aménagés, exécutions par balle, chambre à gaz et four crématoires, expériences médicales. Mais les films montés et présentés au public n’évoquent pas ou peu le sort particulier des juifs. Le choix du pouvoir soviétique était d’insister davantage sur la souffrance des civils (soviétiques notamment). Et ce sont ces films qui, pour la plupart, ont construit l’image des crimes nazis.

Deux séquences pédagogiques sont présentées dans le parcours de l’exposition, la première sur le massacre de Babi Yar, qui s’ouvre sur l’arrivée des russes sur le lieu du massacre et leur travail avec les témoins, se poursuit sur l’évocation d’un film tourné sur place et diffusé en 1946 (film reconstituant le massacre) et se clôt sur la disparition du ravin dans les années 1950 et la lente reconnaissance du massacre initié à la fin des années 1966. La seconde revient sur les images tournées à Auschwitz, pour détailler le statut de chacune d’elle afin de décomposer / recomposer le document.

 

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