Mad Men (Saison 7) de Matthew Weiner

Septième et dernière saison de Mad Men, diffusée en deux parties, une première en 2014 et la suivante cette année. 14 épisodes pour clore une série comptant sept saisons et ayant offert au public l’une des narrations les plus originales de ces dernières années. Une grande série donc, qui finit logiquement non pas dans un climax épique mais presque de manière désuète par le salut (théâtral toutefois) des personnages principaux. Après son esclandre lors de la présentation d’un projet publicitaire à un client, Don Draper est devenu la persona non grata de l’agence. Sa femme Megan s’est installée à Los Angeles pour mener sa carrière de comédienne, Don doit donc gérer son retour à l’agence (un retour par le bas), sa vie de couple séparé, et son rôle de père. 

Décollons donc une dernière fois avec ces (m)ad men. Ils sont fatigués, et ne semblent plus beaucoup y croire. Et puis à quoi croyaient-ils finalement?

La première partie de la saison 7 est assez déroutante : à rebours des saisons précédentes qui suivaient un rythme plutôt lent en adéquation parfaite avec le projet de la série (décrire par petites touches les transformations de la société américaines des années 60), le début de cette dernière saison impose un rythme saccadé, très gênant au départ mais rapidement accepté parce qu’il révèle l’instabilité ambiante. Don n’a plus vraiment de travail, refuse de le dire à ses proches, tente par tous les moyens (y compris les plus désolants) de retrouver sa place au sein de l’agence, dans l’espoir de retrouver également sa place au sein de son couple et dans la bulle idyllique qui s’est construite autour de lui. Tout va donc très vite, les événements, les situations, les décisions se prennent rapidement, sans autre forme de réflexion. Don avance, malgré tout et surtout malgré lui.

Puis il retrouve sa place dans l’agence (en ayant au passage échoué dans son couple), il est redevenu l’homme providentiel de la publicité et tout devient limpide. Ce n’est plus ce qu’il veut. Cela n’a peut-être été jamais ce qu’il voulait. Le rythme redevient plus lent et accompagne le personnage dans sa dernière évasion, l’ultime, celle qui peut-être le ramènera à lui-même. La tristesse domine cette fin de saison (et de série). Pas seulement pour les personnages (aucun personnage principal ne meurt) mais surtout pour ce qu’ils représentent : on a l’impression que ce qu’ils ont cherché toute leur vie (l’argent, la renommée, le travail), qu’ils l’aient ou non obtenu à la fin de leur vie n’a plus aucune importance. Leurs (nos) ambitions ne sont que des chimères, des coquilles vides pour donner un sens ou une signification à notre vie, mais à l’approche de la mort, ses chimères se révèlent pour ce qu’elles sont véritablement. Et pourtant ces personnages ont vécus, ont eu des vies pleines, acceptent tout en s’y résignant à la perte de leur illusions.

Maintenant sur l’ensemble de la série, on ne peut qu’applaudir à cette grande réussite. Le projet de montrer les transformations de la société américaine dans les années 60 s’est concrétisé sur plusieurs points : sur le monde du travail tout d’abord où nous avons pu voir le développement de l’individualisme avec la fin des espaces communs et l’arrivée des petits bureaux (préfiguration des open spaces actuels), sur le couple avec l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle pourtant célébrée dans l’espace publicitaire, sur les femmes enfin, où l’on voit bien que leur accès à des plus hautes fonctions dans l’entreprise reste fragile, souvent conditionné aux aléas du marché de l’emploi, complètement soumis à leur choix d’enfanter.

La série nous a également offert une plongée passionnante dans les années 60 avec cette impression (choix assumé du scénariste) de voir les événements à hauteur de personnages. Que ce soir la crise de Cuba, la mort de Kennedy ou dans cette dernière saison l’alunissage de juillet 1969.

Deux images qui resteront de cette dernière saison : Peggy en patin à roulette dans l’agence désertée et surtout le sourire de Don Draper.

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