Un certain Cervantès de Christian Lax

Une histoire duale, mêlant l’Amérique contemporaine et le XVIe siècle espagnol ou comment un ancien soldat d’Afghanistan à peine sorti de prison entretient un dialogue imaginaire avec Cervantès, l’auteur du fabuleux Don Quichotte. Mike Cervantès est revenu d’Afghanistan avec un bras en moins, une prothèse en plus et un fort sentiment d’injustice. La mise à sac d’une succursale bancaire le conduit directement en prison où il fait pour la première fois connaissance avec l’auteur de Don Quichotte. En apprenant / découvrant qu’il a de nombreux points communs avec l’écrivain outre son nom (expérience de la guerre, infirmité, séjours en prison), Mike se persuade qu’il est le nouveau Don Quichotte. Sa mustang lui servira de Rossinante, il ne lui manque plus que Sancho. Tranquillo Tobar, un migrant mexicain perdu dans le désert de Sonora qu’il croise miraculeusement sur le bord de la route, fera parfaitement l’affaire.

J’ai beaucoup aimé le parallèle entre les deux époques et la manière avec laquelle l’auteur fait intervenir des épisodes du Don Quichotte dans l’Amérique actuelle. L’utilisation des dessins de Gustave Doré est excellente, ils s’imprègnent bien dans le reste de la bande dessinée ce qui permet le dialogue entre Mike et Cervantès. Par ailleurs, les dessins pleine page des paysages américains, au-delà du fait qu’ils sont magnifiques et rendent bien compte de l’immensité de ces territoires, semblent étrangement en adéquation avec les aventures de Don Quichotte. comme si le personnage était en substance dans ces grandes plaines désertiques.

Par contre j’ai eu parfois un peu de mal avec le personnage de Mike, je l’ai trouvé trop monolithique et certaines de ces allures frôlent un peu la caricature. Contrairement au personnage de Cervantès il se prend trop au sérieux et il manque au personnage une vraie folie. Le passage sur la censure des livres m’a fait sourire, dans un contexte où elle n’a pas / plus vraiment lieu car peu de gens lisent et la recherche du profit est bien plus efficace que n’importe quelle censure. L’intérêt du personnage de Don Quichotte est qu’il était en total décalage avec le reste de la société, coincé dans une époque révolue et incapable de s’adapter à la nouvelle. Son comportement révélait alors l’évolution de cette société, ce qu’elle perdait et ce qu’elle annonçait. Là le personnage ne parait pas être dans cet entre-deux, il épouse au contraire les revendications actuelles avec plus ou moins de bonheur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s