The Man in the High Castle de Frank Spotnitz

Plongée dans les Etats-Unis des années 60, alors que le IIIe Reich n’a pas été vaincu et qu’il se partage le vaste territoire américain avec le Japon (moins une zone neutre à l’emplacement actuel des Rocheuses). Juliana Crain (Alexa Davalos) vit à San Francisco avec son compagnon Frank Frink (Rupert Evans) dans les Etats japonais du Pacifique, véritable colonie japonaise. Lui travaille dans une usine d’armement, elle ne semble pas travailler mais excelle dans l’art de l’aïkido. De l’autre côté du continent, Joe Blake est recruté par l’Obergruppenfuhrer John Smith (Rufus Sewell) pour enquêter  sur la circulation de films clandestins dans la région de San Francisco. Il est envoyé sur place pour récupérer un film et via un chargement bidon le convoyer vers la zone neutre, dans le but de rencontrer la Résistance, ou à défaut un contact de la Résistance dans la ville de Canon City. Cette même ville où doit se rendre la sœur de Juliana, Tracy, pour remettre à la résistance un film. Mais cette dernière, dénoncée, est tuée en pleine rue sous le regard horrifié de sa sœur. Avant d’être tuée, Tracy a pu confier son précieux paquet à Juliana. De retour chez elle, Juliana regarde le film et découvre qu’il se compose d’images d’archives mettant en scène la victoire des alliées en 45. Bouleversée par ces images, elle décide de prendre la place de sa sœur…

Cette série est une adaptation du roman du même nom de Philip K. Dick par la société Amazon (après avoir été annoncée chez la BBC puis chez SyFy). Le pilote reçut un greenlight en janvier 2015, et le tournage débuta en avril de la même année à Vancouver. Frank Spotnitz n’est pas un inconnu des séries télé puisqu’il était aux commandes de la série Millenium et de la série des X-Files avec Chris Carter.

Beaucoup de qualités dans cette première saison mais quelques gros défauts ce qui laisse craindre une fin de série peut-être désastreuse. Le rythme de la série est plutôt lent, ce qui permet au spectateur de découvrir les personnages et le contexte des années 60 dans cette Amérique nazifiée. Par petites touches, au travers d’éléments visuels et/ou de dialogues entre les personnages, le spectateur peut redessiner mentalement cette histoire d’une Allemagne victorieuse, depuis l’assassinat de Roosevelt jusqu’à la capitulation américaine. Les scénaristes évitent donc l’écueil du résumé introductif ou du personnage miroir du spectateur à qui on fait un condensé de la situation, condensé aussi improbable qu’ennuyeux.

C’est d’ailleurs peut-être l’aspect le plus intéressant de la série : elle nous montre la manière dont la société américaine s’est facilement accommodée du nazismeet comment le patriotisme américain est tout à fait compatible avec le darwinisme social nazi. L’épisode qui a lieu le jour de la fête des Vétérans, en l’honneur de la capitulation américaine, est à ce titre d’une ironie réjouissante, montrant comment les pratiques patriotiques totalement associées au nationalisme américain pourraient tout à fait être les mêmes dans un contexte nazi. Cela vient-il du roman de Philip K. Dick ?

Autre atout : comme la série prend son temps, les personnages se déploient dans toute leur complexité. Loin d’être des figures monolithiques, le spectateur découvre des personnalités complexes. La série reste quand même très classique (simpliste ?) dans la distribution des rôles mais les personnages ne sont pas des caricatures et restent plausibles, enfin ils sont suffisamment écrits et pensés pour être plausibles.

La narration ne se perd pas en une multitude d’intrigues secondaires, le fil narratif de cette saison est même assez simple : des films présentant une autre issue au conflit, des résistants qui cherchent à les récupérer et des nazis qui veulent eux les détruire (puisque Hitler, depuis son nid d’aigle en Allemagne, cherche frénétiquement à tous les récupérer). Cette simplicité narrative permet par contre de s’intéresser aux relations quotidiennes entre les Japonais et les nazis, ainsi qu’aux luttes de pouvoir internes au sein des deux camps. Rien de bien renversant, mais l’ensemble est bien ficelé.

Reste quelques défauts. Quelques invraisemblances ici ou là (le dessin sur le pont notamment) et l’impression que parfois la série radote (dans les derniers épisodes, Frank et Juliana n’en finissent plus de ne pas partir). La Résistance est, pour l’instant, le parent pauvre de cette saison : peu d’informations circulent sur elle et les quelques personnages qui l’incarnent à l’écran ne lui donnent pas une image réaliste.

Par contre, les résumés du livre de Philip K. Dick sur Internet, la série ne respecte pas plusieurs atouts du livre. Dans le roman de Philip K. Dick, ce ne sont pas des films d’archives qui attisent la convoitise de la Résistance ou des nazis mais un livre The Grasshopper Lies Heavy, référence à un verset de la Bible. Ce livre est interdit par les nazis car il dépeint une histoire alternative de la fin du conflit, marquée par la défaite de l’Axe et la victoire des Anglais, plus impérialistes que jamais. Non seulement K. Dick joue sur l’emboitement du roman dans un roman, mais il double l’effet en dédoublant l’uchronie. Sept protagonistes du roman ont lu le livre puisqu’il circule dans la partie japonaise. Même si l’idée de remplacer le roman par des films d’archives est pertinent au regard de l’adaptation en série télé, elle entraine la perte de l’acte de création (pour l’instant les films se présentent en effet comme des documents d’archives et non comme les produits d’une fiction émanant d’un auteur cherchant sciemment à contester le réel).

Il semble que dans le livre, le personnage central, à l’exception du livre lui-même, ne soit pas le trio Craine / Frink / Blake mais l’antiquaire, Robert Childan. Il est au cœur d’une multitude d’intrigues et c’est par son intermédiaire que se crée un lien entre les protagonistes, qui eux ne se rencontrent pratiquement pas. Le recentrage de la série télé sur le trio fait donc craindre une débauche de scènes sentimentales autour de ce trio amoureux.

Enfin, l’élément fondamental du roman de Philip K. Dick est le Yi Jing. Pourtant peu visible dans la série, cette philosophie est la base même du roman, puisqu’il en est visiblement l’incarnation. Il est à craindre que les scénaristes ne l’aient malheureusement remplacé par la théorie des univers parallèles (la nouvelle tarte à la crème scénaristique depuis plusieurs années).

Mr. Tagomi, le ministre du Commerce des Etats japonais du Pacifique, adepte du Yi Jing, un personne central de la série et qui annonce peut-être l’échec de la seconde saison…

Il n’empêche : cette première saison ne manque pas de qualités, et nous a donnés envie de continuer de la regarder et furieusement donnés l’envie de lire le roman de K. Dick. Et c’est donc déjà une belle réussite !

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