Between the World and Me de Ta-Nehisi Coates

Correspondant pour le journal The Atlantic et auteur d’un mémoire, The Beautiful Struggle, publié en 2008 dans lequel il racontait son enfance à Baltimore, élevé par un père proche des Black Panthers, son expérience de la criminalité dans les rues de son quartier, sa scolarité difficile dans les écoles de Baltimore et son entrée à l’université d’Howard, vécue comme une libération, il publie en 2015 un nouvel essai sous la forme d’une lettre adressée à son fils, Samori, Between the World and Me. Pourquoi cette lettre ? Pour la simple raison qu’il a vu son fils pleurer en apprenant que le meurtrier de Michael Brown allait être libéré, dédouané par la justice américaine du meurtre du jeune garçon. Comprenant que son fils vivait là sa première expérience de ce que veut dire être noir aux USA, car l’ayant lui-même vécu adolescent, Ta-Nehisi Coates a décidé d’écrire cette lettre pour l’aider dans ce moment difficile, tout en s’inspirant du livre de James Baldwin, The Fire Next Time, publié en 1963.

Ta-Nehisi Coates défend l’idée que les noirs grandissent en Amérique en ayant rapidement conscience que leur corps ne leur appartient pas, qu’à tout moment il peut être torturé, violé ou annihilé sans raison et surtout sans espoir de justice.

Selon lui, l’Amérique vit dans un rêve, ce rêve issu de l’indépendance et de la guerre civile, qui aurait forgé une nation unie, fière de sa démocratie où chacun a des droits et des libertés. Or ce rêve n’est partagé que par les blancs qui refusent alors de voir qu’une partie de la population américaine est exclue et n’a pas les mêmes droits ni les mêmes libertés que les autres.

Les blancs perpétuent ce rêve, car ils refusent de voir comment dans l’histoire, l’Amérique s’est construite sur la violence et sur la spoliation des corps noirs. La violence envers les noirs devient un fait de tradition (Coates parle d’héritage), et le refus des blancs de sortir de leur rêve ne fait que perpétuer cette tradition.

Pour Ta-Nehisi Coates, ce rêve blanc tire son origine de l’histoire tronquée de l’indépendance américaine et de la guerre de sécession, une histoire nationale qui a voulu effacer la question de l’esclavage et les divisions qu’elle a entraîné dans la société américaine et dont les germes sont encore perceptibles actuellement.

Un texte intéressant mais qui pêche par son manque de contextualisation historique. Si le cœur du problème racial au USA se situe à l’origine même de l’indépendance américaine et du récit national qui en a découlé, alors l’auteur aurait du justement s’appuyer sur une connaissance plus fine et plus scientifique de cette période pour commencer son entreprise de déconstruction. Au lieu de ça, nous lisons un texte conscient des difficultés mais se limitant à des récits personnels (le passage sur Paris est touchant mais très en décalage par rapport à la réalité) et ne cherchant pas à apporter un éclairage plus historique et plus collectif. Ce qui est dommage parce que dans un article publié dans The Atlantic en juin 2014, The Case for Reparations, il était brillant et très au fait de son sujet.

 

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