Pablo de Clément Oubrerie et Julie Birmant

Série de quatre tomes consacré au célèbre peintre Pablo Picasso, depuis son arrivée à Paris au début des années 1900 alors qu’il n’est qu’un jeune peintre espagnol de 19 ans sans le sou jusqu’à l’année 1908 quand il est enfin reconnu comme un grand artiste et que ces toiles commencent à se vendre. La particularité de cette série est qu’elle adopte non pas le point de vue de Pablo Picasso, mais celui de l’une de ses modèles qui deviendra également son amante, Fernande,  la belle Fernande.

Pablo, tome 1 : Max Jacob. A l’automne 1900, Fernande se marie avec un homme qu’elle n’aime pas et découvre en plus qu’elle est enceinte. Sa vie conjugale est un désastre, enfermée dans un appartement minuscule, elle attend sans impatience le retour de son mari violent. Elle fait une fausse couche et peu de temps après elle décide de quitter le domicile familial pour se rendre à Paris, avec quelques sous en poche. A cette époque, Paris sort à peine de l’exposition universelle, la ville est lumineuse et bruyante, ce qui attire bon nombre d’artistes. Parmi eux, un jeune peintre espagnol du nom de Pablo qui espère se faire un nom dans la capitale française.

Pablo, tome 2 : Apollinaire. Fernande vient de passer sa première nuit dans les bras de Pablo. Elle quitte précipitamment l’appartement froid du peintre, bien décidée à ne plus y remettre les pieds. Elle y retourne pourtant, attirée par l’excentricité de ce peintre et de ses amis. Elle continue malgré les protestations de Pablo à poser pour d’autres peintres, car pour l’instant les toiles de son amant ne se vendent guère. Ce dernier fréquente les milieux artistiques de Montmartre, et commence à se faire un nom mais pour l’instant l’argent ne rentre pas. Au côté de Pablo, elle va rencontrer d’autres artiste comme le poète Guillaume Apollinaire.

Pablo, tome 3 : Matisse. 1906, Fernande et Pablo font un voyage en Espagne. Le séjour est chaotique et réveille les vieux démons de Pablo qui bientôt ne pense plus qu’à rentrer à Paris, dans leur nouvelle antre, le Bateau-Lavoir. Il y retrouve Gertrude Stein, richissime américaine qui s’intéresse avec son frère aux peintres modernes. Par son intermédiaire, Pablo est convié à un dîner en présence de Matisse. Célébré par tous, Matisse provoque l’ire de Pablo car il ne voit dans sa peinture que futilité décoratives. La guerre est donc déclarée entre les deux peintres.

Pablo, tome 4: Picasso. Mai 1907, Fernande s’est définitivement installée au Bateau-Lavoir. Pablo consacre ses journées à sa nouvelle toile, « Le bordel », qu’il conçoit comme une réponse aux récentes toiles de Matisse. De cette guerre picturale, Pablo espère faire naître une nouvelle forme d’art. Les artistes se bousculent dans l’atelier de Pablo pour voir la toile, parmi eux George Braque avec qui il va partager une même approche artistique… pour le meilleur et le pire.

Cette série met en scène avec talent une vision idéalisée de Montmartre au début du XXe siècle, quand les artistes se bagarraient dans les rues et dans les salons, quand tout paraissait possible et que le spectre de la guerre semblait bien lointain. Au fil des tomes, on découvre une communauté d’artistes vivant chichement pour certains, qui se connaissent bien, se jalousent souvent et sont en perpétuelle compétition. La série ne se limite à une simple évocation biographique de Pablo Picasso, mais elle cherche au contraire à recréer l’univers dans lequel il a évolué après son arrivée à Paris. Ses rencontres permettent de dresser le portrait d’artistes connus, d’agents ou de marchands d’art qui ont contribué à leur manière à la naissance de l’art moderne. La séquence avec Georges Braque est remarquable puisqu’elle pose la question de la paternité d’un courant : si Braque a participé à la création du cubisme, le terme a été définitivement associé à Picasso et à ses Demoiselles d’Avignon (auparavant désigné sous le terme moins flatteur de « Bordel »).

L’originalité de cette série tient dans le fait que le point de vue adopté est celui d’un modèle, Fernande, qui deviendra la maîtresse de Picasso. A travers elle, on découvre Pablo avant Picasso, Montmartre avant qu’il ne devient un lieu prisé et surtout on découvre l’envers du décor, la face caché d’un succès. Si Pablo accède à la reconnaissance, il n’en sera pas de même de la belle Fernande qui elle tombera dans l’oubli, alors que Pablo lui avait promis de la rendre immortelle. La série se clôt sur les inquiétudes de Max Jacob, qui perçoit la fin d’une belle époque. Ces quelques planches rendent compte des inquiétudes légitimes de Max, elles évoquent également ce qui attend toutes cette communautés d’individus avec l’arrivée de la guerre.

Maintenant je dois avouer un certain inconfort lors de la rédaction de cette critique. Si j’apprécie la qualité de la narration et l’originalité des dessins, la lecture de cette série ne m’a pas laissée de souvenirs indéfectibles. Je l’ai appréciée en la lisant, je la considère comme une bonne voire une très bonne série, les références littéraires et artistiques qui ponctuent le récit m’ont impressionnée mais il reste qu’il manque ce petit quelque chose qui me permettrait de m’enthousiasmer beaucoup plus.

 

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