American Gods (saison 2) de Jesse Alexander

A la fin de la saison 1, la fête du printemps a été quelque peu gâchée. A présent chaque clan rassemble ses troupes pour le grand affrontement final entre les anciens dieux et les nouveaux. Mr. World (Crispin Glover), aidé de son acolyte numérique, Technical Boy (Bruce Langley), cherche à s’adjoindre les talents de Média (nouvelle version). Pendant ce temps, Wednesday (Ian McShane) rassemble ses troupes ; Mad Sweeney (Pablo Schreiber) tente de récupérer sa pièce perdue au fond des entrailles de Laura (Emily Browning) ; et Shadow (Ricky Whittle) ne sait plus ce qu’il doit faire…

Un vrai désastre. Qui s’explique probablement par le départ de deux précédents showrunners, puis de celui de Jesse Alexander en cours de tournage de la saison 2 alors que celle-ci était à l’arrêt, le dernier épisode étant encore en cours d’écriture. Neil Gaiman est toujours associé au projet en tant que producteur mais il semble que sa relation avec Starz , la chaîne productrice, soit de plus en plus conflictuelle. New Media ne vaut d’ailleurs sa présence à l’écran qu’au départ précipité de Gillian Anderson qui jouait Media dans la saison 1 et a décidé à la fin de cette saison de quitter le navire. Au regard de ces conflits, pas sûr qu’il y ait une saison 3. Ce qui ne serait pas une grande perte.

On retrouve les défauts de la saison 1 avec en prime une narration qui n’avance pas, les acteurs ayant dû improviser leurs dialogues qui n’avaient pas été écrits, tant les conflits autour de la série s’empilaient. Alors évidemment, ça donne un grand sentiment de vide.

Côté réalisation, cette saison 2 est donc toujours aussi criarde dans sa photographie, avec cette profusion de couleurs saturées déjà relevée dans la saison 1. Elle est également toujours aussi tape-à-l’œil avec son utilisation lourdingue des ralentis et de la musique, tellement omniprésente qu’elle en devient dérangeante. Enfin, elle ne parvient pas à éviter le vulgaire et se complaît une fois encore dans des scènes racoleuses (de sexe ou de violence, notamment la scène de torture avec Shadow), un goût pour le sordide et un humour parfois très appuyé. Mais dans un certain sens on était (presque) habitués.

Vient s’ajouter à ces défauts de mise en scène, de réels problèmes de narration. Concrètement il ne se passe rien dans cette saison ; en huit épisodes les deux clans rassemblent leurs troupes, s’équipent (un voire deux épisodes sont nécessaires pour permettre à Wednesday de récupérer son arme) et pour combler les vides et rallonger peut-être un peu la sauce des intrigues secondaires sont déployées mais elles ne font que montrer encore un peu plus la vision caricaturale que cette série développe du roman. Un personnage comme Mr. World, déjà pas bien frais dans la saison 1, est devenu complètement inconsistant dans la saison 2. A tel point qu’on se demande s’il est bien utile de lui faire la guerre, le pauvre est déjà en état de pré-décomposition.

Tout ce qui semble rajouter au roman (comme dans la saison 1 lorsque la série développe le personnage de Laura) est systématiquement caricatural. Dans la saison 2, c’est Shadow qui fait les frais de l’appétit des scénaristes pour développer le roman. Il est ainsi affublé d’un père qu’il n’a jamais connu, d’une enfance perturbée par des harceleurs et d’une mère victime d’un cancer. La charge est lourde pour ce seul personnage et surtout elle ne sert aucunement l’intrigue.

Cette série est en train de devenir un cas d’école de ce qu’il faut pas faire lorsque l’on adapte un roman. Un roman qui, rappelons-le, était vraiment bon, intelligent, malin comme Gaiman sait l’être lorsqu’il joue avec les mythologies qu’il connaît bien. Hollywood : tu es vraiment une plaie !

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