The Ballad of Buster Scruggs d’Ethan et Joel Coen

A l’origine, une série de six épisodes produite par les Frères Coen en collaboration avec Annapurna Television, puis avec Netflix. Le projet se transforme en long-métrage à sketchs, et entre dans la sélection de la Mostra de Venice en 2018. Il sort quelques jours en salles, puis est diffusé sur la plateforme Netflix en novembre 2018. Ce long-métrage à sketchs est l’adaptation de nouvelles écrites par les Frères Coen sur une période d’environ vingt ans — ce qui explique les différences dans le choix des sujets et dans le ton — en hommage à l’imaginaire du western, écrit ou filmé. All Gold Canyon est un hommage aux nouvelles de Jack London, The Gal Who Got Rattled s’inspire des histoires de Steward Edward White, auteur prolifique du Far West entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe (au moment de son déclin), et rend hommage également au cinéma de Ford. Dans son ensemble, le long-métrage s’inscrit dans la veine des contes écrits, comme l’indique la présence d’un livre et de son lecteur ainsi que les nombreux plans sur des pages imprimées. Son titre rappelle l’importance des chants dans les six histoires, les Frères Coen ayant conçu ce long-métrage comme un album, avec ses chansons d’ouverture et de fin.

Ce long-métrage s’ouvre sur le premier récit intitulé The Ballad of Buster Scruggs où l’on suit un hors-la-loi, Buster Scruggs (Tim Blake Nelson), aimant sa guitare et son colt et qui est renommé dans l’Ouest  pour la rapidité de ses tirs et ses réussites au poker. Une partie dans un saloon lui donnera l’occasion de pratiquer son sport favori, le duel, tout en chantant.

Near Algadones raconte l’histoire d’un braqueur malchanceux (James Franco) et d’un guichetier pugnace (Stephen Root). Le braqueur réussira tout de même l’exploit d’être pendu deux fois dans la même journée.

Meat Ticket s’intéresse au parcours d’un homme (Liam Neeson) qui parcourt l’Amérique avec son cirque ambulant, avec pour unique numéro le monologue d’un homme-tronc (Harry Melling), inspiré de textes de Shakespeare ou des poèmes de Percy Shelley. Au fil des jours, le spectacle ne fait plus recette, obligeant l’homme à des mesures radicales.

All Gold Canyon suit les péripéties d’un vieil orpailleur (Tom Waits) lorsqu’il découvre une vallée parfait et se met à la recherche d’un film d’or qui pourrait l’amener à une pépite qu’il sent à proximité.

Dans The Gal Who got Rattled, nous cheminons au côté d’Alice Longabaugh (Zoé Kazan) et de son frère Gilbert. Ils viennent de quitter les terres familiales et de rejoindre une caravane dans l’idée de s’installer dans l’Oregon. Gilbert a fait de mauvaises affaires récemment et pense se relancer en profitant du mariage de sa sœur avec un potentiel associé. Il meurt du choléra en chemin, laissant sa sœur dans la longue caravane sans le sou.

The Mortal Remains s’intéresse au sort de cinq passagers d’une diligence en direction de Fort Morgan. En chemin, ils discutant, puis découvrent qu’un cadavre fait partie des bagages. Le ton des discussions devient alors plus lugubre.

L’avantage et l’inconvénient d’un film à sketchs est la diversité de ses sujets, même si dans le cas du film des frères Cohen il y a de nombreux points communs entre toutes les histoires, comme l’Ouest et la musique. Il n’empêche, certains épisodes nous plaisent plus que d’autres. Du bon et du moins bon donc dans ce long-métrage.

Il n’empêche : chacune de ces historiettes se caractérise par le sens de l’absurde qui infuse chacune des oeuvres des Frères Coen  et qui provoque l’hilarité. Cet absurde devient quasiment philosophie de vie et distille ainsi la morale de ces contes chantés, une morale évidemment laconique et sèche comme un coup de fouet de meneur de diligence : la vie est absurde, la mort l’est tout autant, et tout ce qui ne faisons n’est que vaine agitation (une morale qui avait été portée à son acmé dans le génialissime A Serious Man).

Personnellement, mes trois préférés sont Meat ticket, cruel cruelle remarquable par la brutalité de sa fin, All Gold Canyon, magnifique Tom Waits dans ce conte drôle, absurde et cruel, un classique chez les frères Cohen et The Gat Who Got Rattled, de loin la plus émouvante des six histoires. Near Algodones m’a fait sourire mais l’histoire reste très anecdotique, The Ballad of Buster Scruggs m’a un peu agacée, par son humour un peu clownesque et pas assez noir, et Mortal Remains est raté, l’esthétisme de cette histoire est même assez moche et la fin est trop prévisible.

La vie, c’est une vraie chienne : tu arrives à te libérer, et là paf, une attaque d’Indiens !

Note de Mathieu : j’ai pour ma part adoré The Ballad of Buster Scruggs qui est un pastiche hilarant du genre et donc qui montre, comme tout bon pastiche, à quel point les Frères Coen en sont imprégnés et aiment le western. Du personnage qui devient narrateur et tient un méta-discours sur son action mais qui peut malgré tout périr sous yeux jusqu’aux cadrages et aux plans évoquant Sergio Leone en passant par la ballade qui elle-même est déjà une mise en abyme, les Coen rendent un hommage vibrant et drôle au western.

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