Penny Dreadful (saison 3), de John Logan

Après avoir vaincu les sorcières lors de la précédente saison, la petite bande composée de Sir Malcolm (Timothy Dalton), de sa protégée, la sorcière Vanessa Ives (Eva Green), d’Ethan Chandler (Josh Harnett), le gunslinger loup-garou et, par intermittence, du Dr. Frankenstein (Harry Treadaway) mais qui a fort à faire pour gérer sa créature, Caliban (Rory Kinnear), et sa seconde créature Lily (Billie Piper), d’autant que cette dernière s’est entichée de Dorian Gray (Reeve Carney) — cette petite bande, donc, explose littéralement. Lilie et Dorian s’en vont filer le parfait amour tumultueux en recrutant une armée de prostituées pour on ne sait quel néfaste projet féministe (pléonasme !), Caliban et Sir Malcolm se la jouent Cantonna (« puisque c’est ça, je m’en vais ! ») et partent respectivement au Pôle Nord et en Afrique, tandis que Mr. Chandler est ramené manu militari aux Etats-Unis par l’inspecteur de Scotland Yard et livré aux marshalls.

Mais la menace qui rôde depuis le début est de retour, et bientôt la bande devra se reformer pour faire face au péril ultime !

On croirait presque, en lisant la présentation ci-dessus, que les scénaristes, après une saison 2 calamiteuse complètement à l’ouest, aient pris la bonne décision : arrêter avec les intrigues secondaires bidons et se concentrer sur le vampire dont il était question dans la saison 1. Et c’est effectivement le cas.

Problème : même si John Logan nous répète que tout ceci était prévu, on voit bien que c’est faux et que cette saison a été écrite au petit bonheur la chance et que lorsque le couperet de la fin est tombé, il a fallu rafistoler tous les fils narratifs épars pour tenter de rassembler les personnages illico presto et proposer un final… qui du coup est bien faible. Ou alors, ils admettent tous qu’ils n’ont aucun sens du rythme d’écriture requis dans un feuilleton.

Car l’intrigue personnelle de Chandler aux Etats-Unis est abandonnée abruptement, celle de Frankenstein, Lily et Dorian tout autant (permettant à Frankenstein de faire de la figuration dans les scènes finales). Quant à Caliban, c’est juste — et encore une fois — chiant.

Et là, tu vois, sur les parois, les Apaches ont laissé des pictogrammes qui racontent une prophétie : « quatre épisodes avant la fin de la saison 3 la nouvelle de la fin de la série tombera, et il faudra rassembler tous les personnages, car l’un mourra ». Donc, tu vois, faut qu’on se magne, on n’a plus trop  le temps de lambiner dans le désert.

C’est dommage, car en renouant avec la seule et unique intrigue qui aurait dû guider cette série — qui est le maître des vampires et que veut-il ? — Penny Dreadful se proposait d’oublier le déraillement de la deuxième saison pour se concentrer sur ce qui avait fait son charme au début : une équipe extraordinaire rassemblée pour contrer une menace encore plus extraordinaire et sinistre. Au lieu de cela, la série s’est perdue en multiples convolutions tout aussi inutiles qu’ennuyeuses (Lily : je te nomme !) et nous a proposés une intrigue pénible sur les sorcières. Pis encore : la saison 3 introduit même de nouveaux personnages, pas du tout surchargés en termes de bagages narratifs (Dr Jekyll, et une sorte d’archéologue-thanatologue-escrimeuse-ninja-sexy-écossaise, Catriona Hartdegen, jouée par Perdita Weeks, vue dans Rebellion).

Car en précipitant la fin, la saison 3 ne convainc pas, et le maître des vampires semble parachuté (« scuzi les enfants, j’étais dans une intrigue dans un autre film, mais me revoilou ! »), ce qui est d’autant plus regrettable car — spoiler alert ! — il y a une tentative de réinvention de l’histoire de Dracula qui est assez intéressante (avec les personnages de l’aliéniste Dr. Seward ici féminisée et de son secrétaire, Mr. Renfield). D’ailleurs, la focale psychologique dans la première partie de la saison (avec les flash-backs de Vanessa se souvenant, par hypnose, de son internement en maison de fous) était assez bien vue (même si, là encore, Eva Green en fait vraiment trop et que maintenant, je propose que tout réalisateur qui met plus de 15 minutes de musique dans un épisode de 50 minutes devrait être à l’amende).

Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi décider que le garde-malade de Vanessa était la Créature avant sa transformation ? Je pose la question !

Quant au final proprement dit, il est tout pourri.

Donc, résumons : on introduit un personnage, Kaetenay, un vieil Apache, retrouvant Sir Malcolm quelque part sur la côte de Zanzibar (« comment saviez-vous que j’étais là ? J’étais supposé disparaître pour oublier le passé, sans que personne ne puisse me trouver et me noyer dans le whisky ? — « Ah, ah, vous êtes aveugle ou quoi ? Regardez : je suis un vieil Apache ! » — « Ah, suis-je bête ! »), le ramenant aux Etats-Unis pour retrouver Chandler et l’empêcher de sombrer dans le Mal où la petite sorcière qui s’est entichée de lui (Hecate Pool, jouée par Sarah Greene vue aussi dans Rebellion – elle quand elle veut j’invoque Satan avec elle !) veut le conduire en l’encourageant à zigouiller son paternel.

Finalement, je spoile à frire comme un fou, le zigouillage aura bien  lieu, mais comme c’est Malcolm qui finit par dézinguer le paternel, c’est cool, notre loup-garou n’a pas du tout les mains souillés de sang (euh… il en est à combien depuis le début ? et pourquoi il s’énerve que les sbires de son père aient tué les marshalls dans le train alors que lui massacre à tours de griffes sans l’once d’un remords ou alors pour dire qu’il est maudit, puis être content, puis pleurnicher ? On s’en fout, c’est pas son père et c’est pas dans la chapelle, car là tu vois, ça aurait été mais genre, mais hyper gra-veuh ! ah ok…). Donc tout le monde peut embarquer pour retourner à Londres, car le vieil Apache a une vision : le monde va tomber dans les ténèbres et le brouillard qui pique. Vite, vite… Pendant ce temps, à Londres, Dracula doit avoir le pouvoir de faire accélérer le temps, car après avoir séduit Vanessa, hop ! deux semaines se passent.

Tout le monde est là : fight ! Et donc, finalement du final, Josh s’éclipse, laissant Malcolm se débrouiller avec Dracula (un combat équilibré, dirais-je) et ouvre une porte dérobée (tiens, tiens, mais que se cache-t-il derrière cette porte ?) et :

« Là. Voilà. C’est la fin. Et tu sais quoi love ? Il faut encore qu’on se farcisse un truc cliché à souhait avec tout le toutim « le-mal-est-en-moi-donc-please-please-please-tue-moi-je-meurs-volontiers-si-c’est-toi-qui-me-tue-love ! »Pffff… et dire que j’ai sué, crié, grincé des dents, pris ma voix la plus rauque, tout ça pour en arriver là ? »

Et donc, fin de merde.

(Et pendant ce temps, Lily et Dorian dansaient, dansaient, dansaient, et soliloquaient sur la difficulté de l’existence des immortels.)

Bilan : Penny Dreadful avait un sacré potentiel pour être la série gothique-victorienne-pulp à la Ligue des gentlemen extraordinaires, mais en plus littéraire et plus gothique, justement (il aurait d’ailleurs été bon d’oublier Caliban, ou plutôt de ne pas oublier que Frankenstein n’est pas victorien et qu’il serait intéressant de voir ce que cette histoire-là nous dit sur l’Europe post-napoléonienne). Au lieu de cela, elle aura été un grand fourre-tout, souvent mal raconté, qui s’est perdu avant de tenter vainement et très maladroitement de raccrocher les wagons et de résoudre son intrigue.

Bilan du bilan : si John Logan dit vrai lorsqu’il prétend qu’il savait depuis le début que Penny Dreadful ne devait durer que trois saisons, alors son échec est encore plus grand que je ne l’imaginais.

« Certes, certes. Mais j’étais une bonne idée, non ? Bon, croquer dans les crapauds, c’était un peu con, mais sinon, j’étais une chouette réécriture du Dr. Seward et de Renfield, non ? »

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